Design des territoires

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G.P.S. : Grande Présentation Sérieuse !

  • Design des mondes urbains
  • Date/Période :
    17 November 2025

    Auteur(s)/Autrice(s)

  • Visiteur Urbains
  • Résident(s)

  • Visiteur Urbains

Le 17 novembre, nous avons investi le hall des rencontres du Plan, une salle de concert de Ris-Orangis qui nous ouvrait ses portes. Nous avons invité agents et techniciens de Grand Paris Sud, ainsi que des personnalités habitant.e.s du territoire de Grand Paris Sud (parmis lesquelles des membres de l'association "les Vergers vivants" et "Arnassen", ainsi que des étudiants de la classe prépa pour les écoles d'art d'Évry-Courcouronnes). Sur les portants et les tables : des cartes dépliées, des carnets de croquis, des leporelli, des jeux avec les mots. Après deux mois d'immersion sur le territoire de Grand Paris Sud, il était temps de raconter ce que nous avons vu, entendu, marché, dessiné. Pour celles et ceux qui n'ont pas pu être là, voici ce qui s'est partagé.

L'exposition

Résider au quotidien

Notre première méthode, nous l'avons racontée à travers de dessins journaliers au crayon de couleur. Résider sur le territoire, c'est plus que "passer là" : depuis deux mois, nous habitons à cinq un appartement à Évry-Courcouronnes. Vivre ici, c'est d'abord chercher une boulangerie, faire ses courses, meubler son logement; comprendre le territoire par ses usages quotidiens. Nous avons exploré les alentours : les chevaux à Étiolles, les champignons en forêt, les bords de Seine. Nous sommes sortis : banquets, concerts, fêtes dans une yourte. Mais le constat est partagé : il manque des lieux pour se retrouver. Nous avons testé les transports, fréquenté les médiathèques, essayé les cours de kizomba et natation. Cette immersion, avec nos regards croisés : des sciences sociales, du design, de l'architecture au paysage, nous permet de comprendre Grand Paris Sud depuis l'intérieur, au rythme du quotidien. En habitant ici, on construit une connaissance vivante.

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Vue de l'exposition - photographie : Saymon Stasiak,

Les rencontres

Notre seconde méthodologie d’enquête a été la realisation d’entretiens. Acteurices de Grand Paris Sud, membres d’associations ou citoyens de l’agglomération: toutes leurs paroles nous ont permis d’affiner notre compréhension du territoire. Pour ce faire, nous avons préparé des questionnaires, ou bien conduisions des entretiens libres en nous laissant porter par les questions qui nous venaient sur le moment. Les formes de restitution des connaissances que nous engrangions étaient alors multiples: réalisation de petites fiches d’annuaires résumant les entretiens, ou bien dessins de cartes de mots situés sur l’agglomération.

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Photographie de Leelou Guével-Balbusquier

Grand Paris Sud nous est apparu au terme des nos deux premiers mois de résidence, de marches et d'entretiens comme étant morcelé, d’une grande complexité et d'une grande richesse. Morcelé tout d’abord en termes d’architectures et de paysages, ce qui impacte les modes d’appropriation et d’habiter de ces espaces par ses habitants. Morcelé socio-économiquement, avec beaucoup plus de vulnérabilité social concentré sur la rive gauche de la Seine. Morcelé dans les imaginaires de ses habitants également, avec la problématique des rixes entre quartiers tirant des frontières invisibles au sein des villes et impactant le vivre ensemble et la sécurité notamment pour ses jeunes habitants. Enfin, Grand Paris Sud est un territoire d’une grande richesse multiculturelle, avec plus de 168 nationalités différentes, bien que les résultats aux élections législatives de 2024 témoignent d’une augmentation considérable du score du parti d’extrême droite Rassemblement National sur la rive droite de la Seine en Essonne, questionnant cet idéal de vivre-ensemble sur le territoire.

Par ailleurs, les politiques publiques nous ont paru manquer d’inclusivité de genres et de générations: celles-ci semblent se concentrer davantage sur les populations masculines et adultes, quand bien même le territoire est extrêmement jeune.

La marche : notre outil d'enquête

Cette rencontre a été l’occasion de partager notre méthodologie d’arpentage auprès du public, notamment celle des transects - lignes fictives que nous traçons sur la carte pour relier des lieux-, que nous tentons de suivre à pied depuis notre arrivée sur le territoire.

On a tenu à exprimer que choisir la marche à pied pour découvrir un territoire pensé pour la voiture, c’est une forme d’engagement dans le regard et la prospection que l’on porte pour Grand Paris Sud. On a traversé des milieux très variés : des centralités urbaines tout comme des quartiers pavillonnaires, des forêts, des zones humides ou logistiques et des champs. En marchant nous avons compris que contrairement aux idées reçues sur le périurbain, l’étendue de Grand Paris Sud est frappante par sa variété de milieux. En l'occurrence, ce sont les transitions entre ces milieux qui nous interroge de par leur hermétisme plus ou moins fort.

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Les cinq transects placés sur une carte IGN.
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Vue de l'exposition - photographie : Saymon Stasiak,
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Carte sensible de nos marches.
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Leporelli : les objets perdus de Grand Paris Sud.

Une épingle à cheveux oubliée sur un banc,

une antenne radio sans antenne

des balles de golf enfoncées dans l'humus des forêts.

À l’arrière d’un buisson, sur un banc, sur les bordures d’une route ou au milieu d’un champ, des objets et des corps s’égarent. Dissimulés ou perdus, ces fragments de vie éparpillés font paysage, et révèlent le quotidien des territoires.

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Aux côtés de nos cartes et de l'exposition d'une série photographique, des leporelli manipulables par le public collectaient des objets perdus aperçus lors de nos expéditions. À leur verso se trouvaient les récits possibles de leur égarements sur le territoire.

Partir des objets perdus pour raconter de courtes histoires avec une portée beaucoup plus large, c’est partir d’objets qui sont perdus car ils sont égarés ou dissimulés. C'est aussi peut-être partir d’objets dont le sens s’est perdu au sein un territoire changeant. Pour nous, c'est un moyen de se saisir d'histoires situées et de produire de la connaissance à partir des lieux qu'on a traversé.

Ce jeu d’échelle entre l’objet perdu et le territoire nous a permis par la suite d’introduire un atelier avec le public autour d'objets qu'iels ont amené pour ouvrir le dialogue autour de leur expériences individuelles de Grand Paris Sud.

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Thématiques du territoire

Grand Paris Sud se caractérise par une identité singulière : un territoire urbain marqué par une forte dimension agricole. Cette dualité – 49 % de surfaces en terre pour 51 % de surfaces imperméabilisées – a fortement orienté notre lecture du territoire lors de nos deux mois d’arpentage. Ce contraste assumé entre milieux urbains et espaces agricoles a fait émerger deux grands axes de réflexion, qui structurent notre travail :

  • Des imaginaires agricoles à révéler
  • Animer un territoire fragmenté

Deux entrées distinctes, mais reliées par une même question centrale : comment créer du lien entre les lieux, les générations et les temporalités qui composent Grand Paris Sud ?

Dans cette enquête, le travail sur la sémantique a joué un rôle essentiel : les mots que nous utilisons pour décrire un territoire orientent nécessairement la manière de le comprendre et d’y projeter des actions.  Le format scénographié de la restitution propose de jouer avec les lettres, de les manipuler pour en révéler toute la portée symbolique. 

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De “patrimoine” à “imaginaire”

Pour dépasser ces limites, nous avons choisi de parler non pas de patrimoine, mais d’imaginaire agricole. Le mot imaginaire renvoi tout autant aux questions matérielles (bâtiments, objets, paysages, alimentation), à l’immatériel (gestes, corps au travail, savoir-faire, transmission, partage, relation à la nature), ainsi qu’au enjeux contemporains (préservation des sols, lutte contre l’artificialisation, alimentation durable, résilience écologique).

De l’imaginaire… aux imaginaires

Le territoire n’abrite pas un imaginaire unique, mais une multiplicité de récits. Autant d’habitants, autant de visions. Parler « d’imaginaires agricoles », au pluriel, permet de reconnaître cette diversité, de la valoriser et d’en faire une ressource.


Réinventer ou révéler ?

De la même façon que l’on invente pas un imaginaire, nous souhaitons au contraire révéler ce qui existe déjà : les traces, les pratiques, les usages. L’agriculture devient alors un outil de mise en lien, une entrée pour activer et valoriser les nombreuses facettes du territoire.


De habiter à animer

Rapidement, la question de la rencontre s’est imposée comme centrale dans notre démarche. Connaître un territoire nécessite des lieux, des occasions, des prétextes pour échanger. Or, dans nos arpentages, nous avons parfois peiné à trouver ces espaces de vie, ces lieux où les gens se croisent. C’est ce constat qui nous a fait glisser du verbe habiter vers animer : activer, mettre en mouvement, faire circuler les personnes, les pratiques et les récits.

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L'atelier Objets

Dans un premier atelier, nous avons proposé à chaque invité d’apporter un objet évoquant pour lui le territoire de Grand Paris Sud : un objet qui, de près ou de loin, lui rappelle le GPS. À partir de cette consigne, chacun a pu partager un témoignage personnel autour de l’objet rapporté. Tantôt pratiques, parfois sensibles, d’autres fois plus pragmatiques, ces récits ont rythmé la discussion.

D’un article de journal consacré à un ami de longue date, ancien bouvier, à la clé des ateliers d’artistes symbolisant l’émancipation d’une jeune travailleuse, en passant par la plaquette des spectacles du théâtre de Corbeil, souvenir d’enfance précieux, les objets dévoilés étaient chargés d’émotions et de symbolique.

Certes ces témoignages parlaient le plus souvent de communes en particulier, voire même d’infrastructures précises. Mais c’est un territoire qui ne se définit pas par une identité figée : Comme le vie l'une de nous en Champagne-Ardenne, où tout devient prétexte à évoquer le champagne ou les rois sacrés à la cathédrale de Reims. Ici, à GPS, ce dont on parle, ce sont des vécus, des sensations fortes, des fragments de vie.

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On nous a présenté au début de cette résidence, ce territoire comme sans “identité forte”. Finalement ces moments partagés autour d’une table en une trentaine de minutes en disent bien plus qu’un slogan affiché sur une enseigne. Alors rassurons nous, peut-être que GPS ne possède pas encore une identité politique ou sociale pleinement établie selon certaines personnes, mais à travers ces témoignages on remarque qu'elle est bel et bien là. 

En bref ça donne envie de dire le territoire par ses interstices, ses détails parfois discrets mais signifiants, qui mis bout à bout en dessinent une cohérence. Chaque témoignage a dessiné, dans nos esprits, des imaginaires du territoire.

Atelier Lieux

Une question persistait en cette fin d'après-midi : où allions-nous “atterrir” pour ces prochaines semaines ? Où atterrir pour mieux identifier les enjeux situés, concrets, tout en gardant en tête le territoire dans sa globalité ?

Afin de faire émerger des réflexions communes de travail, c’est par groupe que nous avons organisé cet atelier : mélangeant des personnalités qui sont agents de GPS et d'autres qui ne le sont pas.

Nous avons sélectionné vingt lieux, chaque participant tirait une carte de lieux au hasard face cachée, puis devait tour à tour en défendre les qualités de ce lieu, comme s’il lui revenait de convaincre le groupe qu'il méritait d’être exploré. Pour guider l’exercice, les participants devaient garder en tête les problématiques soulevées. Tout argument était bon à prendre : leurs localité, leurs rayonnement, leurs valeurs, leurs enjeux politiques, environnementaux, sociaux ont été abordés pour comprendre en quoi, in fine, ces terrains constituent un bon terrain d'enquête et d'analyse du territoire à l’échelle locale.

Les participants se sont vraiment prêtés au jeu. il a fallu faire de sacrés compromis et se mettre à la place de l'autre. Le dévolu à fini par tomber

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Les bords de seine ! Le Carré Sénart ! La médiathèque victor Hugo de Combs-La-Ville, et les vitrines des Pyramides !!

Mais on le sait, chaque participant aurait souhaité des lieux supplémentaires : les maisons de quartiers, l’Attribut, la Cueillette de Servigny, le Plan de Ris-Orangis… Comme si finalement, certaines “solutions” résidaient surtout dans une couture entre tous ces lieux, pour créer des ponts entre eux. Ces échanges nous ont confortés dans nos ambitions, nous avons bien intégré l’ensemble des arguments énoncés durant les débats et les discussions, et s'ensuivront une série d'enquêtes de terrain dans ces différents lieux.

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