
- écrire-décrire
- être designer et habitant*e
- résider
- protocoles
- paramètres initiaux
- expérience émotionnelle
- intuitions, situations
- expérience esthétique ?
Le groupe de recherche Territoires de l'ensadLAB a passé deux journées auprès des résident*es des mondes urbains. L’objectif était pluriel :
- Interroger la pratique du design des territoires en prenant le temps de se focaliser sur des cas particuliers - situés.
- S'immerger dans le format de la résidence en lui-même.
- Incarner et matérialiser les réflexions portées par ces cas particuliers, dans un compte rendu rapide et en direct.
21.11.2024, 14h
Arrivée à la Villette : depuis ce matin,
il neige.
Comment et pourquoi évacuer cette donnée météorologique ? Après tout cet état climatique va accompagner notre déambulation et pourrait même la transformer en performance.
Tout dépend de ce que chacun*e en dira.
A partir d’une incitation simple : « montre-moi sur ton territoire d’étude un endroit important », les récits se sont succédés, sous la neige donc.
Pour l’instant, avant la traversée de la Villette, toutes les formes de récits données aux expériences sont ouvertes et co-existent en puissance.
21.11.2024, 14h10
J’énonce plusieurs questions qui peuvent aider à se focaliser :
Qu’est-ce que j’ai découvert ? Comment ?
Par quels moyens ?
Quelles questions cela me pose ?
Comment je les matérialise ?
Qu’est-ce que je vais en faire ?
Pour qui ?

- J’insiste aujourd’hui sur la neige, non pas par sentimentalisme mais parce que les conditions exceptionnelles et aléatoires fabriquent aussi une forme de mise en scène de la journée et quelque chose comme un «sentiment partagé» (dixit Gerardo)
21.11.2024, 14h30
Départ vers des points de départs.
Il faut bien commencer quelque part.
Qui a dit que l’important ce n’est pas l’arrivée mais le chemin pour l’atteindre?
Bruce Lee ? Jack Beauregard ? Certainement quelqu’un de sage et d’avisé.
Aujourd’hui ce qui compte c’est surtout là d’où nous allons partir et où cela pourrait nous mener.
Mener des expériences et les laisser se dérouler sans en connaître les objectifs réels. Les formuler au fil des situations.
En tant qu’enseignante, mon rôle est de designer des situations propices, décrire les contours des points de départs donc.
En tant que chercheuse, ce sera d’en explorer les résultats.
Et c’est encore mieux sous la neige*

21.11.2024, 14h30 la Zone, de Ambre Maillot
Ambre identifie deux zones distinctes, au Sud et au Nord*, où les populations qui s’y rencontrent ne sont pas les mêmes.
Au Sud, les usager*es et spectateur*ices de l’offre culturelle de la Villette. Ils et elles viennent principalement de Paris, ou de zones relativement aisées.
Au Nord, «Ici c’est la Zone» nous dit Ambre. On y retrouve plutôt des habitant*es des environs, Aubervilliers, Pantin, La Courneuve, Bobigny ? Un des points de rencontre est le Burger King. Sous la Géode, les pratiquants du Krump se retrouvent.
Ce que certains appellent les pratiques informelles sont en réalité codifiées et organisées.
Plusieurs questions possibles à développer : est-ce que cette frontière existe physiquement ? Comment cette barrière sociale s’est-elle construite? Par quels critères la démontrer?
Y a t il des nuances à explorer dans ce constat ?
*d’ailleurs ce sont les anciennes cité du bétail et cité du sang, il y avait déjà une frontière forte entre ces métiers au 19° siècle
21.11.2024, 15h
Ici, c’est la Zone, un lieu de ressentis contradictoires, entre familiarité et rejet.
Sous les sols de la Villette et de la Cité des Sciences, un lieu de vie, de pratiques non pas informelles mais non institutionnalisées par celles et ceux qui ne les pratiquent pas et les regardent de l’extérieur.
Au loin, le Burger King, seul point rouge dans ce paysage hivernal, rassurant car familier.
21.11.2024, 15h30 la station d’observation de Adélaïde Papay
A la croisée des passerelles, des chemins, le lieu choisi est un point d’ancrage physique riche pour élaborer des protocoles d’observations.
Adélaïde voudrait renverser le regard sur le parc de la Villette comme parc d’Architecture. Observer tout ce qui est en mouvement plutôt que les points fixes : l’architecture se trouve dans les vides plutôt que dans les surfaces et les volumes.
L’addition des déplacements humains individuels, collectifs, avec les données climatiques (vent, soleil, pluie, température...) vont lui permettre d’élaborer à la fois un constat chronotopique mais aussi une partition spatio-temporelle pour penser le parc comme un refuge climatique.
Les outils de codification et l’accompagnement par des «champion*nes» de ces sujets pourront lui permettre de transformer ce point en observatoire, ces observations en expertises, et ces expertises en scénarios, non pas comme une ligne continue mais comme une construction additive mouvante, pour éviter de planifier de manière rigide le futur.

21.11.2024, 15h
«Mon lieu est ici, exactement ici».
Je lève la tête, un mât qui a dû un jour porter fièrement des informations est aujourd’hui muet. En effet, le point est bien choisi, on dirait un instrument de mesure mystérieux et cosmique.
En 30 minutes de présence sur ce point, nous avons vu passer : un vent glacial, des grosses flaques sous les arbres alignés, personne, personne, 1 classe de primaire, personne à nouveau, quelques vélos en direction de Pantin, quelques autres vélos en direction de Paris, trois passants qui traversaient le canal par la passerelle.
En y repassant le soir, j’y ai vu une famille qui fabriquait un bonhomme de neige.

21.11.2024, 16h00 la nuit, de Gerardo Cleto
Le parc de la Villette a la particularité d’être un parc urbain qui ne ferme jamais.
A 1h du matin, les lumières s’éteignent, et tout le monde doit rester en mouvement. C’est un parc traversé.
Gerardo a choisi de consacrer des temps d’observation à la nuit.
Entre une expérience esthétique, une performance et une envie de partage collectif, les temps passés de nuit, dans les recoins les plus sombres du parc, lui permettent d’expérimenter aussi la peur.
Que faire de cette peur ? Quelle est sa nature ( animale, peur de la peur, frisson de l’aventure ?)*
En ville la question de la lumière et de son impact sur le vivant est un enjeu énorme.
D’autant qu’à la Villette, ils l’expriment souvent comme «le vivant et le non vivant», comme si l’humain, le non humain et tous les vivants pouvaient aussi rencontrer des fantômes ?
21.11.2024, 16h puis 18h
Lorsque Gerardo évoque ses expériences nocturnes il fait plein jour. Sous les arbres, le vent secoue les branches et glace les os, et déjà nous pouvons imaginer l’intensité de ce que cela doit produire dans l’obscurité.
Le pouvoir évocateur de ce qui est raconté nous laisse imaginer cet endroit de nuit.
Le noir presque complet quand les lumières s’éteignent, les quelques points lumineux et l’œil qui parfois pourrait s’habituer.
En y repassant le soir, je tente de capter quelques impressions possibles, quand derrière les grilles il me semble PRESQUE voir ce que l’obscurité nous cache.
Inconche
* Gerardo parle de l’inconche, néologisme involontaire à partir de l’inconscio, l’inconscient : l’inconche pourrait-il être un levier pour définir ce type de peur ?
22.11.2024, 11h00 la vue panoramique de David Aubriat
Changement de décor : nous voici aux Larris. C’est ici que les résident*es résident. Cela change aussi le rapport au territoire d’étude, à la fois par la proximité et par la nature du lieu, très dense et contrasté.
Ici, le point de vue choisi par David nous permet d’embrasser les sept immeubles dans leur ensemble et dans leur géographie : des modelés complexes de terrains, des équipements.
C’est aussi ici que la complexité du territoire construit prend son sens : sur sept immeubles, trois ou quatre bailleurs gèrent différemment les logements.
A partir du problème de chauffage de certains ensembles, David identifie un moyen de tisser du lien entre les habitants.
(lien qui a existé de manière très forte dans les années 80-90 et qui s’est un peu distendu ces dernières années).
Grâce à ces rencontres, il pourra élaborer avec eux des scénarios de différentes temporalités : dans l’urgence du froid, mais aussi pour un futur plus lointain.



21.11.2024, 11h30
«Tu vois, les tours bleues n’ont pas les mêmes bailleurs que les tours jaunes».
Personnellement, dans un premier temps, je vois surtout des tours grises et beiges. Ce n’est qu’en habitant qu’on nomme les choses d’après l’œil avisé qui a intériorisé un langage commun au quartier.
Le lieu est idéal pour discuter, évoquer les sujets qui concernent le lieu. Cette fenêtre sur les Larris permet aussi de prendre de la distance pour lire ce paysage urbain au sein de toute sa complexité de gestion et y envisager les leviers de construction de ses possibles futurs.
Y installer une chaise, deux chaises, prendre le temps de transformer cet espace en salon, en agora, en invitation à la discussion pour se mettre en action.
22.11.2024, 11h00 lieux de connexion, de Moé Muramatsu
Face au centre social des Larris, Moé nous présente les différentes associations et acteur*ices citoyen*nes du quartier : les compagnons bâtisseurs, les ateliers d’écriture pour femmes, les projets à venir... mais aussi ceux hors sols de la dalle (un circuit pour les billes installé par la mairie, mais qui joue encore aux billes?)
Étrangement, le centre est si fermé qu’on ne le voit pas. C’est autour que semble graviter un peu de vie : une personne installée dans sa voiture écoute de la musique. Des habitant*es qui nous saluent et échangent un temps avec nous.
Au delà du travail que vont mener les résident*es ici pour s’insérer dans le tissu habitant, cela nous interroge sur notre place de designer.
Qui sommes nous pour décider que ces habitant*es ont besoin de nous ?
Quel peut-être notre rôle alors que nous ne restons que quelques mois?
Comment ne pas DÉRANGER?
Que pourrions nous ARRANGER, modestement, dans le temps et les moyens impartis pour que cela dure, que cela ait du sens même sans nous ?

22.11.2024, 11h15
Le centre social est installé dans un espace si fermé que je préfère photographier ce drôle de siège.
J’ai oublié de demander à Moé ce qu’il fait là ou qui l’a construit.
Nous croisons Laurent, un habitant fan de hard rock. L’idée de monter une radio de quartier évoquée avec lui résonne avec les échanges que nous avons eu sur les liens à tendre entre les habitan*tes.
Les réseaux existants sont un point de départ bien réel, qu’il est possible de renforcer.
22.11.2024, 18h00 retour d’expérience de ces «turbo» journées
Quelques mots pour les résident*es des mondes ruraux que je vais bientôt rencontrer :
«en ce moment nous avons la tête dans le guidon, on attend avec impatience vos retours»
«prenez des notes, commentez, nous en avons très envie »
«prendre le temps de consigner notre avancement nous fait aussi reconnaitre nos lacunes, là où nous devons avancer»
« - dans quelle phase du projet pensez-vous être ?
- Les finitions ;)).
- Le temps du diagnostic qui permet maintenant de mener des enquêtes orientées, de tester des méthodes »
«Tout va bien se passer, n’est-ce pas ??»
«Tout va bien se passer, n’est-ce pas ??»
«Tout va bien se passer, n’est-ce pas ??»
«Tout va bien se passer, n’est-ce pas ??»
Et il faudrait se laisser traverser sans résistance par ces modalités ?
26.11.2024, 12h
L’expérience de ces 2 jours est intense.
Les résident*es évoquent l’impact émotionnel du programme : après ces journées, je commence un peu mieux à comprendre.
Travailler en habitant génère une ambiguïté intense entre vie personnelle et vie professionnelle,
Et il faudrait se laisser traverser sans résistance par ces modalités ?
- textes et photos copyright marion nielsen


