Intégrer une résidence, cela veut aussi dire rencontrer des inconnu.es pour devenir collègue de travail. Alors, là aussi, il faut apprendre à se connaître dans notre parcours, nos compétences et appétences, dans nos habitudes de travail et dans nos rythmes de fonctionnement. C’est plus complexe que la rencontre pour être colocataires. D’abord, la présentation de nos portfolios permet de s’immerger dans les points d’attention ou de curiosité et les sujets de prédilections de chacun.e. Cela pose une bonne base.
A la suite de cette première étape, vient l’abyssal sujet de l’organisation du travail collectif. Comment se transmet-on les infos ? Comment prend-t-on les décisions ? Et donc comment gère-t-on les désaccords et frustrations ? Comment respecte-t-on les besoins et envies de chacun.e ? Comment fait-on avec les différentes appréhensions et craintes ?
Sur ces questions, en fonction des expériences passées, chacun.e part d’un point différent, avec des outils différents et place une importance différente sur le sujet, ce qui ne facilite pas la tâche !
Alors on tente des choses : un atelier « d’interconnaissance » avec des questions pour savoir d’où l’on part individuellement et vers où l’on veut aller pour cette année, des réunions pour répartir les rôles du quotidien, des réunions pour établir un planning collectif entre temps de travail individuel et collectif, un temps de workshop sur la question. Toutes ces ébauches tentent d’apporter des réponses aux questions et sont donc en même temps source d’apprentissage, et c’est fou de voir la vitesse d’adaptation du groupe et de chaque personne, mais aussi les moments les plus intenses émotionnellement dans les incompréhensions, retournements de situations et désaccords. C’est là, que ressortent nos nuances sur les définitions des mots et notre disponibilité d’énergie sociale.
Derrière tout ça, se cache la nuance entre faire collectif, faire commun, faire groupe, faire cohérence ou faire en solitaire. De notre côté, l’embarcation se stabilise de plus en plus et commence à trouver son rythme de croisière. Si l’on se retourne, notre sillage témoigne de nos tours et détours, de nos chavirements et réembarquements.