Design des territoires

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Témoignage du quotidien #1

  • Design des mondes ruraux
  • Date/Période :
    Du 10 septembre au 07 novembre 2025

    Auteur(s)/Autrice(s)

  • Loren Renoux
  • Résident(s)

  • Loren Renoux
  • Jeanne Gallais
  • Pierre Ligneul
  • Théa Capitanio de Fouchécour
  • Sophia Novaes
  • Benjamin Prenveille

L’arrivée dans un territoire pour mener une résidence thématisée en groupe

Chacun.e avait sûrement déjà entendu parler d’autres exemples de résidence, en avait peut-être déjà testé ou bien s’était imaginé et projeté sur cette année. Chacun.e s’était intéressé.e à la description faite par l’école, était peut-être venu.e aux portes ouvertes et restitutions ou bien avait eu contact avec des ancien.nes résident.es (même en étant à l’étranger). Chacun.e a candidaté pour intégrer le programme et a passé l’entretien. Alors voilà, ça a commencé depuis deux mois ! Une résidence thématisée. Dans un territoire. En groupe pluridisciplinaire.

Mais concrètement ça consiste en quoi cette résidence ? Qu’est-ce que ça fait de la vivre ?  Quels sont les éléments à mettre en place et avec quelle temporalité ? Qu’est-ce qui se fait tout seul ou à l’inverse qu’il faut provoquer ? Quelle énergie ça prend ? Quels sont les questionnements, les doutes et les joies ?

Voilà une tentative de réponse des différentes facettes convoquées, en étant encore dans le vif du sujet ! L’arrivée dans un territoire pour mener une résidence thématisée en groupe, c’est …

…Devenir habitant.e du territoire

Arriver, ça veut dire venir d’ailleurs et donc être exogène au lieu. Devenir habitant.e, c’est le basculement qui s’opère via plusieurs mécanismes pour ne plus vraiment venir d’ailleurs mais être un peu d’ici.

D’un côté, il y a l’installation,  l’appropriation et la personnalisation de son lieu de vie. Ça se fait en bougeant quelques meubles, en remplissant les étagères de la cuisine, en collant des affiches sur les murs du salon, en remettant des plantes par-ci par-là et aussi en installant ses affaires dans sa chambre.

Ensuite, il y a l’atterrissage dans le territoire par les différents arpentages, balades et les découvertes de lieux locaux. Ici, un tour dans la ville basse ou la ville haute de Nontron, un verre ou un café au PMU Le Trotteur, les courses sur le marché du samedi matin. Grâce à ça, on commence à saisir la géographie, les reliefs, les phénomènes météo des espaces quotidiens.

Et enfin, il y a l’immersion et l’ancrage dans la vie locale en découvrant les habitudes et coutumes locales et en commençant à établir ses lieux d’accroche. Pour certain.es c’est en allant au cours de tennis du lundi soir ou en faisant du sport à la salle, en discutant avec les producteurices sur le marché, en allant à des concerts dans les café-restaurants des alentours ou aussi en participant au concours international de l’imitation du cri du dindon lors de la foire annuelle à Varaignes !

…Devenir colocataire de vie

Intégrer une résidence, cela veut dire rencontrer des inconnu.es pour devenir colocataires et compagnon.es de vie. Alors, au fur et à mesure, on apprend à se connaître et savoir les habitudes et préférences de chacun.e. Petits conseils de survie dans une maison nontronnaise : jamais de fromage dans les plats, toujours avoir de la salade (et du citron !) pour finir un repas, toujours prendre un bol de café le matin, toujours avoir des plats sans lactose au congélateur, jamais faire de tartines fines et toujours saupoudrer de parmesan tous les plats ! Pour le reste, on ne le connait pas encore (sauf le fameux café au vinaigre pour accueillir ses encadrant.es…) mais on le découvrira lors des prochaines discussions autour de la table ou dans d’autres moments de vie.

En parallèle, de ces apprentissages informels et inéluctables, se trouve l’organisation plus pratico-pratique de la répartition des tâches quotidiennes. « Et cette semaine qui fait les courses ? » «  Au fait, on fait des repas séparés ou collectifs ? » « Qui adore faire le ménage ? » « Comment on gère les dépenses communes ? ».

Mille et unes organisations existent, ici, cela sera : menus et courses collectives à 5 (une des membres est allergique au lactose et il faut pas rigoler avec, alors cela sera menu séparé mais repas collectifs), pour le ménage de la maison et de l’atelier « ça tourne » sur la roue des ménages avec un binôme chaque semaine, pour la cuisine chacun.e est responsable d’un plat pour un soir et le lendemain midi et enfin rien de plus simple que certaines applications très connues pour suivre le budget.

…Devenir collègue de résidence

Intégrer une résidence, cela veut aussi dire rencontrer des inconnu.es pour devenir collègue de travail. Alors, là aussi, il faut apprendre à se connaître dans notre parcours, nos compétences et appétences, dans nos habitudes de travail et dans nos rythmes de fonctionnement. C’est plus complexe que la rencontre pour être colocataires. D’abord, la présentation de nos portfolios permet de s’immerger dans les points d’attention ou de curiosité et les sujets de prédilections de chacun.e. Cela pose une bonne base.

A la suite de cette première étape, vient l’abyssal sujet de l’organisation du travail collectif. Comment se transmet-on les infos ? Comment prend-t-on les décisions ? Et donc comment gère-t-on les désaccords et frustrations ? Comment respecte-t-on les besoins et envies de chacun.e ? Comment fait-on avec les différentes appréhensions et craintes ?

Sur ces questions, en fonction des expériences passées, chacun.e part d’un point différent, avec des outils différents et place une importance différente sur le sujet, ce qui ne facilite pas la tâche !

Alors on tente des choses : un atelier « d’interconnaissance » avec des questions pour savoir d’où l’on part individuellement et vers où l’on veut aller pour cette année, des réunions pour répartir les rôles du quotidien, des réunions pour établir un planning collectif entre temps de travail individuel et collectif, un temps de workshop sur la question. Toutes ces ébauches tentent d’apporter des réponses aux questions et sont donc en même temps source d’apprentissage, et c’est fou de voir la vitesse d’adaptation du groupe et de chaque personne, mais aussi les moments les plus intenses émotionnellement dans les incompréhensions, retournements de situations et désaccords. C’est là, que ressortent nos nuances sur les définitions des mots et notre disponibilité d’énergie sociale.

Derrière tout ça, se cache la nuance entre faire collectif, faire commun, faire groupe, faire cohérence ou faire en solitaire.  De notre côté, l’embarcation se stabilise de plus en plus et commence à trouver son rythme de croisière. Si l’on se retourne, notre sillage témoigne de nos tours et détours, de nos chavirements et réembarquements.

…(Re)devenir étudiant.es

La spécificité de cette résidence, c’est d’être ancré dans un programme national porté par une école. Cela implique de comprendre la ligne directrice et le cadre voulu et donné par l’école pour savoir nos obligations et zones de libertés.

Ici, c’est comme une école de terrain délocalisée où l’on a l’obligation de travailler sur les enjeux préétablis en cohérence au sein du groupe. Une résidence où l’on doit des contreparties au territoire, où l’on ne répond pas à des commandes directes et où l’on tente de démontrer comment mobiliser nos outils de concepteurices au service et avec les habitant.es. En dehors de cela, le reste est très libre ce qui amène une grande marge de manœuvre mais aussi plusieurs zones de flou. Pour nous accompagner, il y a l’encadrement rapproché de l’école, les coordinateurices de promo et le COPIL local (au fait, qui le compose ?). Au fur et à mesure, on tente de comprendre et de saisir le périmètre d’action de chaque partie. Une des dernières demandes de l’école est le fait, en parallèle des projets menés, de garder trace du quotidien, pour nous, pour les prochaines promos mais aussi pour alimenter certaines réflexions du labo de recherches. C’est donc questionner l’enjeu de transmission pour s’insérer dans une lignée de résident.es qui sont intervenu.es sur plusieurs enjeux du territoire.

D’un autre côté, comme on a des « camarades de promos » qui sont disséminés entre la Bretagne, les Vosges, le Massif central, la région parisienne et l’île de la Réunion, on tente de se partager certains éléments à distance : des cartes postales, des newsletters ou lors des visios. Malgré cela, ce n’est pas le plus simple de trouver le temps pour partager nos vécus, même si ce n’est pas l’envie qui manque !

Enfin, être étudiant.e, c’est avoir une casquette avec un superpouvoir que l’on peut activer. Localement, des fois, cela permet d’avoir un passe-droit, d’avoir accès à des lieux ou bien de rencontrer des gens plus facilement qu’en se présentant comme « professionnel.le de la conception ». Être étudiant.e, peut faire moins peur ou donner une sensation d’horizontalité.

…Être concepteurice à travailler sur les enjeux d’un territoire

Être concepteurice, c’est convoquer des outils, médiums et outils pour faire des projets répondant à des besoins et enjeux locaux. Travailler sur des enjeux requiert des phases incontournables dans leur présence mais très libres dans les formats, outils et méthodes mobilisé.es.

Dans les premiers temps de présence sur le territoire se trouvent différentes étapes. Rencontrer les acteurices en s’immergeant dans leur quotidien, en les rencontrant autour d’un café ou par des rencontres fortuites. Recenser les structures, événements et habitudes locales par l’arpentage, le relevé photographiques et la cartographie sensible. Comprendre la morphologie du territoire, ces spécificités géologiques et géographiques par l’analyse cartographique, les explications de spécialistes et par les arpentages. Se présenter aux habitant.es grâce à des événements spécifiques et au détour du quotidien. Comprendre le territoire dans ces singularités et universalités par des lectures théoriques, le recueil de témoignages habitants et par notre vécu. Recueillir et trier les besoins, demandes, possibilités qu’on nous adresse pour voir ce qui entre dans le cadre de la résidence. Mener des allers-retours entre travail théorique et résonnance locale pour apprivoiser les enjeux et les problématiser localement.

point-de-section

Finalement , chaque étape s’imbrique, s’articule, coule ou découle d’une autre. Une rencontre, une discussion, une lecture, une balade devient prétexte à ouvrir les possibles, mieux comprendre le territoire et ses enjeux ou mieux s’ancrer en tant qu’habitant.e. Cet ensemble de postures crée une imbrication complexe, énergivore mais aussi curieuse, joyeuse et singulière.

C’est un peu la marque de fabrique de cette première phase de résidence : un jonglage permanent entre différentes casquettes et rôles. Cela nécessite d’être poreux, curieux, ouvert, dans une posture d’apprentissage et d’accepter le décalage de certaines de nos habitudes.

Les dernières questions pourraient être celles-ci : y a-t-il un ordre préférentiel dans ces étapes ? A quoi ressemblerait une tentative d’épuisement de combinaison de ces étapes ?

2025.11.18_combinaison_phase_residence_loren_renoux

Début de tentative d'épuisement de scénario de résidence. Faire varier l'enchainement des étapes et imaginer les incidences....