Design des territoires

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    CIHB, Entreprise de construction en bois

D'ici à là-bas

  • Design des mondes ruraux
  • Date/Période :
    Le 20 septembre 2024

    Auteur(s)/Autrice(s)

    Résident(s)

  • Mélany Savoie

Introduction

Comment les objets émergent-ils? Comment sont-ils façonnés par leur contexte et leur processus de fabrication? Dans quels tissus économiques s’inscrivent-ils? Enfin, comment peut-on, en tant qu’individu, interroger l’échelle et la mesure d’une production?

Durant ces quelques mois, je me suis intéressée à trois formes collectives et échelles de production locales ; les cuissons collectives de céramique dans le four Anagama de Tristan Chambaud- Héraud et Maelle Caborderie, les ateliers participatifs de forge et de fonderie portés par l’association 3F3M à Etouars, enfin la Tuilerie semi-artisanale Aupeix spécialisée dans la tuile plate à Saint-Hilaire-les Places. Ces trois lieux se situent dans le périmètre du Parc Naturel Régional du Périgord-Limousin.
A ce jour, D’ici à là-bas regroupe une série de vidéographies, de cartographies et d'expérimentations.

Documenter et cartographier les pratiques artisanales en Périgord-Limousin.

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Extrait de la vidéo documentaire D’ici à là-bas, Cuissons Collectives Céramiques, Février 2025.
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Extrait de la vidéo documentaire D’ici à là-bas, Tuilerie Aupeix, Mai 2025.
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Extrait de la vidéo documentaire D’ici à là-bas, Cuissons Collectives Céramiques, Février 2025.

Progressivement, la technique apparaît comme un moyen et un cadre d’expression, nécessairement lié à son contexte spatial et temporel, et ancré dans un rapport identitaire à l’espace. Autrement dit, la construction d’une identité territoriale est indissociable de l’action située d’initiatives collectives, particulièrement lorsqu’elles sont liées à la transformation artisanale d’une ressource locale. Leur ancrage révèle ainsi une expérience concrète de l’espace et une appropriation collective.
Les initiatives habitantes rencontrées sont principalement liées à une pratique artisanale transmise essentiellement par oralité, par réflexe, par mimétisme, échappant à toute forme d’archivage ou de trace. Elles forment des cadres, des espaces de pratique et de transmission.
In situ, j’expérimente différentes pratiques d’archivage et d’inventaire. Filmer, noter, consigner me permettent de saisir la manière dont les choses se forment au sein de ces espaces. J’interroge le vocabulaire associé à chaque pratique, les réflexes, les liens, les rythmes, les contacts, les échanges, les mouvements et les immobilités. Je mets en regard les notions liées sous forme de cartes de lecture, reliées à un lexique complété au fil des rencontres. Ces recherches in situ, contextualisent une démarche impliquant les habitants et prenant en considération leur milieu. Les savoir-faire, leurs documentations et leurs transmissions deviennent des cadres d’expérimentations.

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@Zoé Mathis
recherches

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Cuire en collectif

En janvier 2025, je participe à la construction du four Anagama de Tristan Chambaud-Héraud, et à sa première cuisson. Un four Anagama est un four couché originaire d’Asie permettant de cuire au bois à la flamme directe. Les flammes traversent l’empilage des pièces à cuire avant de s’échapper par une cheminée. La fixation des cendres, transportées par les flammes, forme sur les pièces un émaillage résiduel et accidentel. L’unicité de la cuisson se transpose sur chacune des pièces. De là, ce processus rend compte d’un déroulement où la marge d’aléas, la maîtrise technique et l’expérience dialoguent.
L’observation me permet de cerner certaines particularités et variables avec lesquelles il est possible de composer. Les pièces deviennent les indices, les repères, les traces d’un processus, d’un déroulement, d’un ensemble de circonstances particulières.

Le format standard de la brique lui permet d'être reproductible assez facilement. Sa forme possède une diversité d'orientation qui lui permet d’être enfournée de plusieurs manières, et obtenir des résultats différents. Sous forme d’un nuancier, les briques révèlent un échantillon de ce que peut produire une cuisson Anagama.

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Expérimenter les capacités productives d'une entreprise semi-artisanale.

L’entre deux se situe au milieu de deux choses, à l’intérieur de cet intervalle, ce sont les espaces insaisissables, les écarts et les contacts, là où les repères s’effacent et évoluent. Dès lors, il invite à établir des liens, des rapports. Que se passe-t-il dans ces espaces? Que peuvent-ils révéler ou permettre? D’ici à là-bas explore ce qu’il se passe, ce qui existe entre - et autour -  les différents modes d’expression d’un savoir-faire.

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Au sein de la tuilerie Aupeix, je questionne cet entre deux: entre artisanat et industrie, unicité et standardisation, espace d’expérimentation et espace contraint. L’échelle de la production de tuiles à Saint-Hilaire-les-Places se situe à mi-chemin, entre une maîtrise de paramètres et de contraintes normés, et certains espaces d’imprévus, quant à la manière dont la matière se transforme, ainsi qu’à l’implication humaine dans le processus. On peut la qualifier de semi-artisanale. J’entrevois alors la possibilité d’agir à petite échelle, au plus près de ce/ceux qui la composent. Il s’agit de s’insérer sans perturber le déroulement, hors de ces temps déjà établis, dans les écarts, les interstices, les entre-deux, tout aussi rythmés mais où il semble possible d’œuvrer. De là, il ne s’agit pas de s’intéresser uniquement à la forme produite en soi, mais de comprendre d’où elle vient, comment et quand elle surgit. Il faut alors s’intéresser aux composants même de l’entreprise, afin d’en expérimenter le système, l’ordre, les formes, la matière, les paramètres, ce qui contraint et cadre, définit et dessine d’une certaine manière ce qu’il s’y produit. Il s’agit d’observer, entre autres, ce qui est actif, en processus, en déroulement. Ces éléments deviennent autant de ressources — matérielles et immatérielles — dans lesquelles puiser et composer.

Ce processus génère ainsi en série des formes semi-finies uniques en s’insérant dans les interstices d’un rythme et d’un processus de production, tout en valorisant les qualités intrinsèques d’une terre locale. À partir de cela, j’ai dessiné des lampes. Elles sont des objets du quotidien, et répondent tant à des besoins individuels que collectifs, tant pour des espaces domestiques que des espaces publics.

Ce travail soulève différentes questions, notamment sur les modes et les moyens de production, mais aussi sur les relations créées, les liens de proximité, et sur ma propre place dans la réalisation.  De là, où commence la coproduction? Comment faire dialoguer des formes de production traditionnelles et contemporaines?
Ce système de production devient un terrain d’expérimentation en soi. Il contraint et cadre, définit et dessine d’une certaine manière ce qu’il s’y produit. Cette recherche in situ expérimente les capacités productives de l’entreprise ainsi que de son territoire.