Après trois ans de présence et d’observations [dans le territoire nontronnais], une thématique autour de la santé, intrinsèquement liée aux problèmes de mobilité et au vieillissement de la population, a émergé. Difficultés d’accès aux soins, pathologies spécifiques liées aux conditions de vie particulières, représentations de ce qu’est la “bonne santé” dans un territoire qui revendique la qualité de ses conditions de vie.... Autant d’éléments à considérer pour mieux appréhender ce territoire rural en voie de désertification médicale.
Nontron, en tant que centralité administrative, regroupe différents services : maison de santé, pharmacie, EHPAD, hôpital, soins infirmiers, aides à domicile, etc. et concentre un ensemble d’acteur·ices de la santé avec lesquel·les il s’agit de travailler […].
Ces collaborations permettront éventuellement de croiser les compétences - les stratégies - pour répondre le plus finement aux questions soulevées.
- Proposition de thématique rédigée par La mitoyenne, septembre 2024
Collectivement, nous abordons d’abord cette thématique de recherche avec la rencontre de différentes personnes exerçant dans ce domaine : aide-soignantes, infirmier·es libéraux·ales, médecin généraliste, cadres hospitalier·es, etc. Ces premiers échanges, initiés dans le cadre de réunions à la maison, évoluent de manières plus informelles de rencontres en rencontres. Comme cela, nous allons aussi à l’écoute d’usager·es du soin. Nous observons un système où les premier·es prennent soin des second·es avec un dévouement, qui bien que souvent sacrificiel, ne suffit pas à éponger le manque de moyens, d’infrastructures, d’écoute et de considération qui lui sont alloués.
Très vite, ces réalités s’imposent à nous comme un appel à réagir. Elles nous amènent à questionner la portée de notre action, en tant que graphiste et architecte, face à des problématiques qui nous semblent aussi nécessaires que passionnantes à étudier. Toutes les deux, nous interrogeons notre rôle de conceptrices, au regard de ces enjeux qui engagent bien plus que nos disciplines : comment éviter de se placer dans une posture de «pansement», qui se substitue au rôle des pouvoirs publics ? Comment, sans être spécialiste, aborder la question de la santé avec justesse ? Comment, à travers notre regard, rendre visibles les effets locaux de politiques plus larges? Qu’est ce qui est à notre portée sur le temps qui nous est donné ?
Au travers des doutes, l’élargissement du sujet de la santé à la notion de soin nous donne davantage de prises afin de poursuivre l’enquête. Son approche comprend un écosystème d’acteur·rices plus large, où la santé est considérée au-delà d’un état physique, comme un bien-être mental et social. Dans ce contexte redéfini, la posture documentaire nous paraît pertinente. Elle ne cherche pas à expliquer, mais à témoigner de manière non exhaustive, des vécus et des regards perçus sur le soin en milieu rural sur une année donnée. Commencé de manière intuitive, presque naïve, par des notes, des dessins et des photos, ce travail se précise au fil des rencontres. Il se nourrit d’une attention patiente, et du désir de donner la parole à celles et ceux qui incarnent la santé dans le Périgord Vert.
Parallèlement, nous formulons La Cantine tout terrain, un projet de cantine solidaire et de proximité, avec deux de nos co-résident·es Adèle et Paul. Cette initiative s’ancre dans des préoccupations communes autour de la souveraineté alimentaire et de l’accès aux soins. Elle dialogue étroitement avec notre recherche actuelle et la complète en actes.