Design des territoires

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La Loco

  • Design des mondes ruraux
  • Date/Période :
    Du 01 decembre 2023 au 12 octobre 2024

    Auteur(s)/Autrice(s)

    Résident(s)

  • Adrien Büyükodabas
  • Colin Fayard
  • Félix Blanchard
  • Mathilde Albert
  • Oscar Cordier
  • Zoé Mathis

Une démarche d’étude/action pour préfigurer collectivement le(s) futur(s) d’une friche industrielle.

Une démarche de projet d’étude/action

La Loco, une étude/action déployée depuis l’été 2024, accompagne la commune de Nontron (Dordogne) dans la préfiguration des usages d’une friche agro-ferroviaire en bordure de la ville. Tout au long de sa première édition, cet espace a accueilli une programmation culturelle construite en relation avec les associations et entreprises du pays Nontronnais dans l’intention d’explorer, aux côtés des initiatives locales, les possibles fonctions du site pour dessiner ensemble son avenir. À rebours des logiques d’aménagement habituelles, cette «étude par le faire» propose une succession de phases – une dynamique d’accrétion composant avec les visions territoriale contradictoires et les finances de cette commune rurale – soucieuse d’engager une démarche collaborative et inclusive à même de rendre ce nouveau commun accessible au plus grand nombre, et ce, sans attendre les interventions lourdes d’une réhabilitation générale.

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Contexte du site et situation territoriale

Nontron, sous-préfecture de 3177 habitants du Nord de la Dordogne, est située à équidistance d’Angoulême, Limoges et Périgueux. Ce territoire rural éloigné des grands axes, bien que nouvellement attractif pour une population urbaine en quête de modes de vies alternatifs, reste marqué par sa faible densité de population et une faible présence d’espaces de rencontre et de vie socioculturelle accessibles. Cette situation s'articule à d'autres enjeux, notamment ceux d’une population locale vieillissante, une grande polarité entre “néo-ruraux” et “locaux”, de nombreux bâtiments et parcelles vacantes, délaissés… témoignant d’un territoire isolé, tendu par une précarité économique, sociale et psychologique.

La Loco se situe sur le site en friche de la coopérative agricole La Périgourdine, dans le quartier de l’ancienne gare à l’entrée sud de Nontron. Témoin de l’histoire industrielle locale, le site aujourd’hui jouxté d’équipements culturels, sportifs et de santé est le théâtre de divers usages plus ou moins informels : club de boules local, terrain de jeu adolescent, départs de ballades… et attise les convoitises des associations de l’ESS locales en rupture avec la mairie. Acquis au printemps 2024 via l’EPF par la commune de Nontron (dans la continuité de l’élan impulsé par les études menées en 2023 et 2024 - Julie Eymery et Rose Schwab ; Egis et Respublica), l’intérêt des collectivités publiques pour le site est en grande partie dû à la traversée de la parcelle par la Flow Vélo, une nouvelle voie cyclable interdépartementale reliant Sarlat à l’île d’Aix. La friche se présente pour les cyclotouristes de passage comme la porte d'entrée de Nontron – nécessitant d’en penser l’accueil, les espaces et équipements. Le site de La Périgourdine reste cependant a priori vouée à une longue période de vacance : la municipalité – usufruitière – ne pouvant en effet lancer aucune transformation majeure avant d’en devenir pleinement propriétaire, à l’issue du délai de quatre ans imposé par le mécanisme d’achat.

« Parler aux gens ici, c’est compliqué, il n’y a pas d’interfaces réelles, ni électroniques, ni physiques…  Il y a un parcours initiatique à faire, tu dois tomber sur les bonnes personnes qui vont t’introduire… Comme partout, si tu n’es pas introduit par des locaux, c’est compliqué de rentrer dans les réseaux. » Habitant de Nontron

Face à cette vacance prolongée et au regard des enjeux locaux, la démarche proposée entend pallier au déficit de lieux socioculturels inclusifs en engageant les acteurs et habitants du territoire dans la réalisation d'un lieu ; une place du village alternative, festive et inclusive – lieu de convergence des divers projections (institutionnelles, habitantes et associatives) et terrain d'expérimentation collective.

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Variations sur la Loco (teaser) : Réalisé à partir des enregistrements quotidiens captés dans le cadre de la démarche de permanence mise en œuvre à l’été 2024, Variations sur La Loco met en lumière la diversité des activités qui s’y sont déroulées en les accompagnant des témoignages des habitant·es et des bénévoles associatifs qui ont contribué à faire vivre ce lieu tout au long de la saison. (45mn - Collectif La mitoyenne, janvier 2025)

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"La Loco 2024" : Dessin retrospectif faisant état de la saison estivale passée et de la multitude des activités qui s’y déployèrent.

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Une démarche itérative et évolutive

La mitoyenne propose d’accompagner les collectivités publiques dans l'exploration et la préfiguration expérientielle des usages possibles du site en friche, en réitérant une démarche prospective et collective d’occupation et de transformation du site. Intégrant les enseignements des années précédentes, cette dynamique d’activations successives vise à consolider l’appropriation progressive du lieu par les acteurs locaux, tout en s’assurant de la justesse des réhabilitations apportées au site au regard de la diversité des projections à conjuguer avec les contraintes économiques locales. Ainsi, ce projet a vocation à s’actualiser au fil des années pour amender le lieu de ses activations successives et l’ancrer durablement dans le territoire.

Pensée comme un espace commun, accessible à toute personne ou structure souhaitant l’investir, le collectif La mitoyenne y joue un rôle de médiateur – entité tierce – entre la commune de Nontron (usufruitière) et les acteurs locaux (habitants, associations, entreprises). Un appel à manifestation d’intérêt en amont de l’ouverture au public du lieu a permis à chacun de proposer des activités, tandis que le collectif assurait la mise en relation, la mise à disposition des équipements et la coordination des usages. Grâce à cette gouvernance ouverte, une diversité d’acteurs (associations paysannes, brasseries, artistes, sportifs, groupes d’entraide, habitants…) a contribué à faire de La Loco un espace inclusif et ancré dans la vie locale.

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Une démarche collective de (co)réalisation

La démarche de projet propose une approche collective de la conception, qui non seulement concerte mais engage (physiquement, intellectuellement, émotionnellement,...) les acteurs du territoire (habitants, associations et collectivités locales) dans la réalisation du projet. Ainsi, concerter <-> co-concevoir <-> co-construire s’articulent dans un mouvement à trois temps, dont chacune des phases se superposent, s'allongent, se permutent et se réitèrent au regard des dynamiques singulières du projet.

concertation

Au-delà de l’origine des ressources matérielles, c’est dans les logiques d’assemblage que se joue la soutenabilité du projet : plaLes temps de concertation constituent des phases essentielles pour synthétiser les attentes, articuler les propositions aux besoins locaux et révéler la diversité des intérêts sous-jacents pour le lieux de l’ancienne coopérative agricole. Envisageant la culture comme potentiel levier d’émergence d’un nouvel espace de sociabilité à Nontron, la méthode propose de s’appuyer à la fois sur les usages souhaités et sur les initiatives préexistantes du territoire. En ce sens, dès mars 2024, une série de réunions avec élu·es, associations, habitant·es et entreprises a été engagée pour présenter la démarche de projet et co-construire une programmation culturelle estivale à La Loco. L’ouverture de cette démarche à un public large a mis en lumière la diversité des attentes : certain·es habitant·es voient le site comme un lieu de promenade et de rencontre, tandis que d’autres y projettent des usages économiques futurs, tels que des événements destinés à de nouveaux publics ou la création d’espaces de travail collaboratifs. En parallèle, des visites sur site avec élu·es et technicien·nes, le déploiement de prototypes dans l’espace public et la participation à des événements ont permis de préciser les services et animations à articuler.

« Ça pourrait être un très bon endroit pour des expositions d’artistes ; il faudrait communiquer jusqu’à Limoges, il faut tirer des réseaux au-delà de la Dordogne. Faire venir la culture ici. » Habitant de Nontron

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co-conception

Travailler avec et à partir des besoins et envies des associations et professionnels du territoire nécessite de les mettre autour de la table – dans l’atelier – pour dessiner et s’approprier ensemble les possibles. Pour ce faire, plusieurs ateliers ont été mis en place en amont de l’activation estivale, proposant, à l’aide d’outils de médiation (maquettes, plans, etc.), d’impliquer les habitants et les structures locales dans la conception des éléments nécessaire au déploiement de leur activités. En ce sens, une semaine d’ateliers de co-conception avec des étudiant·es de l’ENSAD de Limoges a lancé des explorations d’assemblages de matériaux glanés localement (paille, bois) et amorcé la définition d’un vocabulaire formel adapté au caractère éphémère et démontable des propositions pour le lieu. À l’issue de cette semaine, une dizaine d’habitant·es ont été invité·es à découvrir les recherches engagées, nourrissant de nombreux échanges, prolongés ensuite jusqu’à l’été. D’autres temps de travail collectifs ont mené à la programmation collective d'un calendrier pour l’été 2024, rythmé par des évènements hebdomadaires (vente de crêpe par le GEM, relai de La Recyclerie du Bandiat, distribution de panier de producteurs avec La Sauce Paysanne, etc.) associés à des évènements plus ponctuels (spectacle, concert, loto, etc.) définis au regard des compétences et envies des entités mobilisées autour du projet avec comme intention première de faire se croiser un large public.

J’imagine des tables que l’on pourrait investir sans forcément consommer - c’est le problème des bistrots - cela pourrait permettre que l’on tisse des liens, que l’on se retrouve, que l’on s’aperçoive, que l’on se fasse coucou… J’ai vu des gens s’interpeler, donc je pense que ça a eu un impact de développement du lien, de retrouvaille. » Habitante de Nontron

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co-construction

Avant l’accueil du public pour les manifestations estivales, la construction du mobilier et des espaces ont reposé sur une démarche collective. Un premier atelier de co-construction avec une classe de SEGPA de la cité scolaire Alcide Dusolier a ouvert le chantier tout en sensibilisant un jeune public au projet et en l’invitant à s’y projeter. En parallèle, des travaux en régie avec les services techniques et des chantiers ouverts ont été menés comme outils d’activation et de réappropriation du site par les habitant·es. Jusqu’au 4 juillet 2024, le chantier, installé in situ dans l’espace public, est resté accessible aux bénévoles comme aux promeneurs qui pouvaient en suivre l’avancement, participer ponctuellement et contribuer à la création du lieu. Cette visibilité a signalé la transformation en cours, encourageant les retours spontanés des passant·es et renforçant le lien social. Une vingtaine de personnes ont ainsi pris part, de manière régulière ou occasionnelle, à la construction, croisant leurs savoir-faire et consolidant l’appropriation collective du site.

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ménager les lieux

L’activation estivale de La Loco a été rendu possible par la mise en œuvre d'installations légère et éphémère, permettant une ouverture à moindre coût dans des délais réduits. Loin d’une réhabilitation globale du site, le projet propose une succession de phases de test et d’interventions peu invasives – ménageant le lieu plutôt que l’aménageant – ayant pour objectif d’aboutir à un cahier des charges précis et situé : co-pensé à partir des besoins, initiatives et matériaux du territoire.

matériaux locaux et naturels

Le projet s’appuie sur ce qui compose le territoire, ses spécificités propres, dans une perspective de prise en compte de son environnement et de développement local : fabriquer à partir de matériaux locaux, de leurs expressions naturelles, artisanales ou industrielles propres, permet d’engager le territoire dans l’exploration et la valorisation de ses singularités. Ainsi le projet s’attelle à composer avec la diversité des essences de bois du Nontronnais et ses filières tels que le douglas, le châtaignier, le tremble, le mélèze, le chêne et à requalifier – détourner – des matériaux provenant du territoire mais peu utilisés en construction comme la paille. À travers ces constructions éphémères, le projet participe à la consolidation d’une image territoriale définie à partir des ressources qui le compose. En parallèle de cette matière première, une partie des stocks des recycleries locales – mobiliers de seconde main – ont été mobilisés et, une fois l’activation écoulée, rendue aux différentes structures.

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réversibilité, un principe économique et écologique

Au-delà de l’origine des ressources matérielles (locales, déclassées, réemployées...), c’est dans les logiques d’assemblage que se joue la soutenabilité du projet : planches, tubes et textiles présents sur site sont ici en transit, mis en forme avec le moins d’altération possible avant de regagner leurs circuits de transformation initiale ou d’être réemployés sous différentes formes, évoluant au rythme du projet. Les feuillards – fines bandes en plastique ou métal habituellement employés pour le conditionnement, l'empaquetage et le stockage de matière – enserrent en compressent bottes de paille et planches (non transformées), stabilisées ensemble grâce à différents assemblages bois (mi-bois, tenons mortaises...). Ce système d'assemblage, déployé sur l'ensemble du site, a constitué la base de l'identité formelle et esthétique à partir de laquelle ont été conçu les différents éléments construits. Ces éléments sont pensés comme des greffes architecturales pouvant répondre à différents usages (s’asseoir, se rassembler, se mettre à l’ombre, etc.) et se déplacer afin de s’adapter aux activités qui prendront place sur le site. En s’appuyant sur l’emxistant, elles ‘activent’ les bâtiments et espaces déjà présents sur la parcelle en prolongeant les formes du bâti existant ; annonçant son accessibilité et sa re-mise en usage auprès des habitant·es et touristes de passage.

« Avoir du mobilier mouvant, que les usagers pouvaient disposer comme ils le souhaitaient, c’était vraiment sympa. C’est quelque chose qu’il faudrait pouvoir préserver sur le site et les projets futurs. » Habitant de Nontron

« Certains clients à qui on a servi des crêpes étaient ravis d’aller manger sous les voiles d’ombrage que vous aviez installées ; parce que l’air circulait beaucoup plus que sous les hangars où nous les préparions ; je me souviens que la mission locale allait manger là-bas. » Animatrice association Nontronnaise

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Un enjeu d’image

L'image perçue du lieu est un enjeu primordial au regard de l'intention initiale de réaliser un espace accueillant et inclusif. Un lieu pour boire un verre après la séance de badminton du club d’à côté ; un lieu pour découvrir les associations locales et s'y engager ; un lieu pour assister à un concert ou se lancer dans une jam spontanée ; un lieu pour sortir de chez soi et croiser ses voisins… Un lieu qui ne renvoie pas à une identité déjà codifiée – clivante – mais qui propose d'explorer un langage formel cohérent – ni trop "propre" ni trop "alter" –, dans lequel on se sente, entre autre, de déplacer le banc pour attraper l’ombre d’un arbre (qui plus est si on a participé à le construire au cours du chantier ouvert dernier). Une démarche en soi non dénuée des codes sociaux-économiques qui sont les nôtres mais que nous nous sommes tenté d'expliciter par divers éléments de médiation sur le site : composer (en chantier ouverts) avec les matériaux du territoire c'est aussi proposer une place aux artisan·es et entreprises locales, c'est se référer à l'histoire des lieux et aux singularités territoriales qui les façonnent, et permettre à chacun·es de se raccrocher à une essence de bois mis en œuvre, une astuce d’assemblage ou un matériau inhabituel – détourné – employé. En parallèle, la communication graphique pour le lieu, au delà des considérations de graphistes (lisibilité/visibilité) et loin de vouloir caricaturer les codes esthétiques – loto du foot –, annonce l'amorce d'une dynamique inhabituelle mais ouverte ; affirmant la démarche expérimentale en cours (communiquant à partir de documents technique de travail) tout en s’insérant dans les moyens locaux de diffusion pour engager un large public.

« Aujourd’hui, je me rends compte d’à quel point les gens ‘du cru’ et les ‘alternatifs’ ne se rencontrent pas et c’est quelque chose que je ne peux plus supporter. Il y a vraiment quelque chose à faire d’un point de vue de cohésion sociale, et le lieu de la Loco est chouette pour ça parce qu’il est central. » Habitant de Nontron

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Une démarche d’étude à l’adresse de la mairie

La mitoyenne propose une méthodologie de design à même d’accompagner les milieux ruraux dans la pratique de leurs communs – interrogeant collectivement les ‘nœuds’, ces espaces-temps où se cristallisent les enjeux.

À Nontron, la commune acquière une friche industrielle bordant la ville, mais se trouve paralysée face à l’ampleur des travaux. Considérant les capacités économiques d’une petite commune et l’impossibilité avant plusieurs années d’engager une maîtrise d’œuvre pérenne sur le site (une situation associée à l’urgence de matérialiser des projets de la part de la commune, et l’émergence d’intérêts divergents de la part d’acteurs du territoire), une démarche s’invente et se précise dans ce contexte entre acquisition et maîtrise d’œuvre – ainsi se définit cet espace d’action à la fois physique et temporel dans lequel nous agissons. Nous proposons à la commune de Nontron un processus d’écriture collective d’un cahier des charges pour le lieu en en éprouvant ses capacités. Ainsi, l’objectif est d’accompagner la collectivité dans le montage d’un projet à partir des initiatives, envies et besoins habitants révélés grâce au temps d’expérimentations in situ ; le concepteur ne se trouve plus en ‘bout de chaîne’ mais à la formulation des enjeux. Réorganisant la chronologie – par défaut – du montage de projet, le chantier et l’expérimentation servent la recherche et vice-versa. Se déploie alors, « une étude par le faire », qui a pour double avantage d’engager des premiers tests de réhabilitation tout en permettant l’ouverture quasi-immédiate du site au public.

La première activation estivale 2024 répondait à plusieurs objectifs : faire connaître le lieu et lui redonner une place dans la cartographie des lieux publics et actifs du territoire ; permettre à différents publics, associations et entreprise de se croiser et de travailler ensemble ; mettre en exergue les enjeux du site et ses qualités architecturales et paysagères ; amorcer un accompagnement dans la transformation de ce site et dans l’évolution de ses usages. En ce sens, au delà de l’expérience vécu par les habitant·es du territoire, les associations investies, les entreprises, élu·es et technicien·es ayant participé·es à la réalisation du lieu (de sa conception à sa gestion en passant par sa construction et sa fréquentation estivale), l’étude matérialise différents livrables :

La Loco, une étude « par le faire », propose un dossier divisé en deux parties faisant état de l’activation estivale, entre constats et analyses, avant de déployer différents scénarios de ménagements du lieu à court, moyen et long terme. Adressé en premier lieu à la commune, il propose un phasage sur trois ans, accompagnant la vie et la transformation du site jusqu’à son acquisition complète et la possibilité d’y faire des travaux plus conséquents. Sa forme se veut lisible et argumentée, proposant des ‘fiches actions’ facilement opérantes et fonctionnant indépendamment . « Variations sur la Loco » est un film réalisé à partir des enregistrements quotidiens captés dans le cadre de la démarche de permanence mise en œuvre à l’été 2024. Il met en lumière la diversité des activités qui s’y sont déroulées en les accompagnant des témoignages des habitant·es et des bénévoles associatifs qui ont contribué à faire vivre ce lieu tout au long de la saison. Sa forme, moins opérante mais plus accessible, permet de mieux témoigner de l’expérience pour retranscrire et transmettre les variations d’usages, les atmosphères et les échanges estivaux auprès d’un large public.

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Logique de la permanence évènementielle

La permanence de design, de paysage ou d’architecture prend place – s’installe sur les sites en projet – et signale une présence autant qu’elle stimule les forces déjà en oeuvre. Cette démarche permet d’amorcer les projets le plus en amont possible en tissant du lien avec le territoire, le voisinage, les habitants et habitantes. Elle s’inscrit dans le quotidien et engage de ce fait des dialogues permettant l’émergence de savoirs propres aux lieux, d’envies et de besoins. Animer et activer ces lieux préfigure de futurs usages et joue avec les temporalités de réhabilitation en s’immisçant dans l’interstice entre l’étude et le chantier.

À La Loco, vivre et fêter les lieux a permis de mieux en saisir les enjeux, les attentes et les opportunités (préfigurer, tester, adapter, modifier et observer des usages). La démarche, telle un long plan séquence estival, proposait d’observer les (mes)usages du lieu en enregistrant l’action s’y déployant. Ainsi postés stratégiquement aux côtés des associations et habitant·es (servir des bières au bar, lire un livre à l’ombre des ombrages, réorganiser l’espace en vu de l’évènement du soir…), le rôle de La mitoyenne était de faciliter l’appropriation du lieu tout en consignant ses usages par le dessin, la prise de note, l’entretien audio et la vidéo. En résulte une enquête approfondie auprès des associations, habitants, habitantes, cyclotouristes, et toutes personnes éprouvant le site au cours d’un été rythmé par les évènements programmés avec les acteur·ices investi·es ; la présence continue in situ ayant notamment permis d’amender la programmation culturelle au fil de l’été et d’accueillir des propositions et intervention spontanées des différents usagers.

« Dans le hangar, c’était vraiment chaud… Ça rayonnait avec les tôles… En face, le bâtiment de l’ancienne locomotive nous faisait de l’oeil ; on sentait bien qu’entre les pierres, il y faisait frais. » Animatrice association Nontronnaise

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Restitutions festives : la fête comme levier d’engagement, d’appropriation et de conception collective

Comment restituer ce travail, à qui et dans quel but ? Restituer induit de transmettre dans l’idée d’engager des dynamiques qui nous prolongent, en envisageant le ‘livrable’ comme une inauguration, une ouverture pour raconter, collectiviser et spéculer ensemble. La restitution, plus qu’un point de rencontre, s’établit dans le temps long, se réitérant en une série d’opérations successives. Ce mouvement induit la mise en récit de la démarche, la mise en œuvre et la programmation d’événement et leur coordination, la rédaction de cahiers techniques, la promesse d’un suivi échelonné sur le temps long…

Au cours de l’été, La Loco est devenue une centralité culturelle pour la commune et un espace de sociabilité prisé. Entreprendre l’occupation du site, par l’installation d’éléments propices aux regroupements festifs (scène de concert, guinguette, espace de repos, ombrage…), répondait au besoin d’éprouver collectivement les possibilités du site. Compte tenu des vulnérabilités épistémiques des populations des milieux ruraux, nous envisageons l’événement comme un processus facilitant – une méthodologie participative – que nous appréhendons comme un espace-temps convivial d’échange de savoirs sans hiérarchisation. Ainsi une première restitution festive au début de l’été a permis de concerner et d’engager un large public. Une seconde restitution dans l’espace publique à la fin de l’hiver de l’année suivante a quant à elle permis de faire état aux habitant·es – au delà des commanditaires direct – des observations, synthèses et pistes prospectives proposées. Co-adresser les livrables aux habitant·es (leur forme et leur propos) permet d’une part de répondre au contrat moral tacite lié avec les personnes engagées dans la démarche, d’autre part, d’entretenir l’élan habitant et associatif et veiller à ce que les collectivités publiques s’en emparent.

« Ce lieu a le potentiel de devenir un forum, une place de village alternative, peut-être plus cosmopolite, un point de rencontre avec une véritable offre culturelle pour les habitants du territoire. » Habitante de Nontron

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Novembre 2025

En réaction à une saison estivale 2025 n’ayant pu avoir lieu pour des questions de sécurité sur le site, de calendrier et de finances... une pétition émanant d’un groupement habitant a spontanément été adressée à la mairie de Nontron fin juillet. Intitulée « Pour la pérennité du site de La Loco à Nontron et le retour de ses activités », elle démontre l’attachement des habitant·es à ce lieu et la dynamique amorcée et affirme leur propension à s’en saisir collectivement. Cette pétition coïncide avec la mise au norme par la commune du bâtiment central en ERP halle ouverte pour pouvoir accueillir du public ; couplée de la signature d’une convention d’occupation précaire entre la commune et le collectif La mitoyenne pour assurer le bon déroulé du projet jusqu’en 2027. En parallèle, la démarche de projet de La Loco est lauréate de plusieurs appels à projets permettant de profiler une saison 2026 sans engager les finances de la commune de Nontron.

« Nous avons été très heureu.ses.x de voir la mairie de Nontron œuvrer à la réhabilitation du site de la loco et de pouvoir participer en avril 2024 à la concertation sur l'avenir du lieu qu'elle nous a proposé. Ceux et celles qui ont participé aux activités, aux animations et aux évènements ou ont simplement été s'y promener pendant l'année 2024 s'attendaient à pouvoir bénéficier de la même dynamique de site cette année. Nous sommes très déçu.e.s de voir que depuis le Festibyebye qui semblait annoncer le début de la saison, le site est inoccupé et sans programmation. Nous souhaitons dire ici notre enthousiasme pour ce projet et témoigner de sa nécessité pour le bien être de notre communauté et notre territoire. Nous souhaitons voir ce lieu vivre et se pérenniser et sommes prêt.e.s à soutenir la mairie dans sa transformation. Certains d'entre nous sont même disponibles pour aider à la réalisation de travaux si c'est cela qui freine sa réouverture. Nous, habitant.e.s du territoire et de la ville sommes disposé.e.s à nous saisir pleinement de cet espace de vie sociale et culturelle à travers nos associations sportives et culturelles mais aussi par nos initiatives et propositions citoyennes individuelles comme cela a été le cas l'an dernier. L'été est bien avancé et le site de la loco manque cruellement à la vie culturelle et associative. Nous souhaiterions voir mises en œuvre les mesures nécessaires à la réouverture du site cet été et proposons notre aide pour concrétiser cette demande au plus vite. Nous vous serions gré de nous tenir informé.e.s des suites données par la mairie afin de pérenniser ce site d'importance.

[signé] Les locomotivé.e.s »

Ainsi, amorcée par une saison estivale 2024 ayant permis une première appropriation du lieu par les habitant·es et associations locales, une saison 2026 se profile ; riche des observations et des prérogatives qui en ont découlé. Si jusqu'à maintenant, seuls les espaces extérieurs et périphériques des bâtiments ont pu être investis, la saison 2026 de La Loco va offrir la possibilité aux habitant·es et associations du territoire d'accéder à l'intérieur du bâtiment central du site – l’ancien hangar de la locomotive –, l’occasion de co-penser ses usages et ses espaces au travers l’élaboration d’une nouvelle programmation culturelle.

Remerciements

Nous tenions à remercier l'ensemble des personnes ayant permis la réalisation de cette première saison de la Loco. M. le Sous-Préfet de Nontron, Mme. la Maire de Nontron, M. le Président de la communauté de communes du Périgord Nontronnais, M. le Maire de Saint-Martial-de-Valette, Mme. le Maire de Saint-Pardoux-la-Rivière, M. le Maire de Javerlhac, ainsi que l'ensemble des agent·es techniques des différentes communes.

Merci également à L'École Nationale des Arts Décoratifs de Paris, qui grâce à son programme Design des Mondes Ruraux à permis la genèse de ce projet.

Merci à l'ensemble des associations et entreprises qui, par leur confiance, ont permis à cette expérimentation d'exister et sans qui le lieu n'aurait pas eu la même portée territoriale.

Merci à Lucile, Clara, Laura, Ariane, Emmanuelle, Nicolas, Antoine, Samba, Stephan, Maddy, Rémy, Lhou, Olivier, Orane, Jessica, Tom, Thibault et ses élèves pour leur précieux soutien moral, technique et bénévole en amont et au cours de ces trois mois de permanence.

Merci à Frédéric, Annie, Nico, Mariette, Loïc, Béa, Patou, Marie-Claude, Stella, Pauline, Gilles, Michaella et Maya pour les regards rétrospectifs dont la générosité n'est qu'en partie retranscrite dans le film.

Mais surtout, merci à l'ensemble des habitantes du Nontronnais et d'ailleurs – passant·es de l'après midi, curieux·ses cyclotouristes, public d'un soir et autres habitué·es de l'été – qui ont parficipé·es à faire vivre par leur présence et leur engagement cette friche agri-ferroviaire.