« Qu’est-ce que c’est, les communs nourriciers ?
Au début de la semaine, je pensais que c’était ce que l’on ramasse, cueille, chasse ou pêche pour le manger, sans échange financier.
Par exemple, chez mes grands-parents paternels, en Bretagne, c’étaient les palourdes que l’on ramassait dans la baie et que l’on cuisinait avec du thym du jardin.
Chez mes grands-parents maternels, en Haute-Savoie, c’étaient les champignons que l’on cueillait dans le bois derrière la maison pour en faire une bonne omelette.
C’est simple.
Mais ce champignon, en réalité, provient d’une forêt privée. Ou bien, ici, il peut venir des sectionnaux, de la Fougerouse peut-être, et être donc un commun pour un certain groupe de personnes.
Et ces champignons, tout le monde les ramasse, tout le monde les mange, et certain·es même les vendent, chez Colette ou à Trapon. Parfois, ils se retrouvent au cœur de controverses, lorsque des personnes venues de l’extérieur sont embauchées pour les cueillir, puis accusées d’invasion ou de pillage. On met alors en place une surveillance, comme ce fut le cas il y a quelques années à la Chaise-Dieu.
Mais tenter de définir ce qu’est un commun nourricier, c’est se poser des questions :
Est-ce que le bois des sectionnaux, qui permet des revenus collectifs ou de se chauffer, en fait partie ?
Et les légumes des potagers, que les gens s’échangent et que l’on retrouve ce soir dans nos assiettes ?
Et la gnôle, faite avec les poires et les prunes des voisin·es, ou la gentiane des Hautes-Chaumes ?
Et le chevreuil partagé par les chasseur·euses, est-ce que c’en est ?
Qu’en est-il du lichen, qui ne se mange pas mais que Léonce ramassait dans les arbres pour gagner quelques sous, et donc se nourrir ?
Alors, ces communs nourriciers, qu’est-ce que c’est ? D’où viennent-ils ? Et pour qui sont-ils vraiment communs ?
C’est une forme d’économie informelle, de “débrouille de la montagne”. En fonction des personnes, c’est une contrainte financière pour compléter les fins de mois ; pour d’autres, c’est un acte politisé ; et c’est aussi, souvent, une habitude qui fait plaisir.
Finalement, c’est un sujet profondément social. Le persil, la gnôle ou les myrtilles, on les offre. Le chevreuil, on le partage, le bois aussi parfois. Les champignons, on les partage… mais les coins à champignons, ça, c’est une autre histoire !
On a rencontré des personnes, on a écouté, observé, lu, et on s’est rendu compte que les communs nourriciers, c’est à la fois simple et complexe. “Ne pas parler de politique”, on nous a dit hier soir. Mais les communs nourriciers, on les aime et on les célèbre ensemble ce soir, parce qu’on y voit le partage, la convivialité et la débrouillardise — sans oublier qu’ils peuvent aussi révéler une forme de repli sur soi, voire parfois de rejet de l’autre.
Alors, cette semaine, avec toutes les belles rencontres que nous avons faites, les visites, les démonstrations et les dégustations, nous repartons avec plein de réponses… mais aussi de nombreuses nouvelles questions.
Pour continuer à échanger, nous aimerions vous entendre encore une fois !
Qu’est-ce que c’est, pour vous, les communs nourriciers ?
Maintenant, la parole est à vous. Elle sera restituée au moment du dessert par nos crieuse·eur·ses publiques, pour une mise en… commun. »