Design des territoires

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Passe-montagne

  • Design des mondes montagneux
  • Date/Période :
    Du 01 février au 11 juillet 2025

    Auteur(s)/Autrice(s)

    Résident(s)

  • Alice Bertrand
  • Pauline Osmond-Nauze

Qui croise-t-on sur le Forez ? Qui sont celles et ceux qui façonnent cette montagne ? Cueillette de myrtilles, de champignons, chasse, pastoralisme, sylviculture, pêche, moto de route, motocross ou enduro, randonnée, raquette, ski, etc. C’est à travers leurs pratiques de la montagne que nous avons rencontré nombre des personnes qui font le Forez ! Et comment se partagent-ils la montagne ?
Ce lieu de frontière historique et naturelle est aussi la limite de deux départements (Puy-de-Dôme et Loire) et anciennement de deux régions (Auvergne et Rhône-Alpes).

Nous nous sommes intéressées à un de ses cols : le Col du Béal. Pourquoi l’aménagement de ce lieu de passage et de porte d’entrée est-il stratégique pourles communautés qui le partagent ?

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©Alice Bertrand
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Des rencontres par des pratiques
©Pauline Osmond-Nauze
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Catégories de pratiques rencontrées tout au long du projet
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©Alice Bertrand

Si la ligne de crête forézienne est une frontière et une zone d’échanges historique, c’est aujourd’hui un lieu où se côtoient agriculture et élevage, loisirs et protections environnementales. C’est ce sujet de partage de la montagne qui anime notre projet et notre pensée. Comment concilier celles et ceux qui viennent pour les loisirs et celles et ceux qui y travaillent ? Comment penser des espaces de cohabitation et des projets qui leur profitent communément ? Et cela au sein d’un lieu au patrimoine paysager et écologique important ?

C’est ainsi que nous arrivons au Col du Béal, véritable porte d’entrée des monts du Forez. Celle-ci est au croisement des chemins, enfin, en tout cas, à celui des D40, D6, D102 et du GR3. Mais que peut-on trouver à ce point d’étape ?

On y trouve l’Auberge du Col du Béal. On peut y boire, y manger et dormir au Gîte du Col du Béal, qui est à quelques mètres. À travers d’étroites fenêtres d’un petit bâtiment bardé de bois, lié à l’auberge, on devine une ancienne exposition naturaliste encombrée de tables, de chaises, de bâtons de randonnée et de linge de maison. C’est l’observatoire du Col du Béal, ancien lieu d’interprétation de la montagne !
On y suivait le « fabuleux récit » de l’adaptation de l’humain, de la flore et
de la faune aux conditions des Hautes- Chaumes. Après la fusion des communautés de communes et divers changements de gestionnaires de l’auberge, ce site, qui appartient désormais à la communauté de communes Ambert Livradois-Forez, périclite.
Depuis 4 ans, il est définitivement fermé. Un lieu vacant sur le col le plus passant du Forez, quelle aubaine pour Design des Mondes Montagneux ! D’autant plus qu’il suffit de faire 100 mètres pour trouver tourbières, landes, pelouses montagnardes, mais aussi vaches et brebis à la période estivale.

Le but du projet « Passe-montagne » est d’envisager une réouverture de l’Observatoire, en travaillant sur le contenu et la scénographie de la future exposition, tout en pensant la question des accès, des cheminements et des aménagements du Col. À l’intérieur, il serait alors possible de découvrir ou de redécouvrir la richesse humaine et écologique du Forez.
À l’extérieur, on retrouverait une qualité paysagère pour les habitant·es et les touristes, qui pourraient être poussé·es à basculer d’un département à l’autre. Notre but est d’imaginer le nouveau fonctionnement du lieu de l’Observatoire, qui pourrait profiter à la vie du Col et dont les parties prenantes pourraient se saisir. Enfin, notre dernier objectif est de placer le Col et l’Observatoire dans son écosystème plus lointain, à savoir son lien avec la Loire, celui avec les autres lieux d’interprétations et avec les acteur·ices qui animent le Forez.

PROJET EXTÉRIEUR

Après une enquête de terrain autour de la structuration du bâti, de la signalisation, des usages et limites des espaces et enfin des activités faites au Col, nous avons pu commencer à échafauder le projet.
Au niveau du projet extérieur, les projections s’ancrent à deux échelles : celle du Col et celle de l’environnement proche.

À l’échelle du Col, nous traitons la question de la localisation des parkings, du dessin des cheminements, et de l’organisation de la signalétique. Les actions proposées, exprimées dans les plans qui suivent, sont donc :

- Suppression et végétalisation des parkings actuels, valorisant le grand paysage et la zone tourbeuse à l’est ; pour la création d’un parking légèrement éloigné, le long de la D6, moins visible et s’intégrant dans la pente.
- Restauration du sentier de la boucle d’initiation (sous réserve de consultation avec les berger·es) ; création d’un chemin entre le nouveau parking et l’auberge et confirmation du nouveau passage du GR3 par l’aménagement d’un réel sentier.
- Suppression de la signalétique hétéroclite et obsolète ; pour la création d’un ensemble signalétique cohérent et lisible.

À l’échelle de l’environnement proche, sont détaillées et concrétisées les directives citées ci-dessus, tout en ajoutant d’autres interventions plus techniques, à savoir :

- Stabilisation de pente et renforcement de sol du chemin menant au belvédère, par l’installation de géotextile. Redéfinition de certains chemins de désir existants (carrefour des chemins au nord et nouveau GR3).
- Délimitation du « couderc » par la définition des bordures de pelouses, la favorisation ou la plantation d’une strate végétale basse ou moyenne le séparant de l’espace gîte, et l’implantation de piquets de bois (typologie déjà présente sur site) mettant en défens l’ensemble.
- Suggestion d’utilisation de mobilier temporaire, comme des transats pour observer les étoiles, du côté de la zone derrière l’observatoire.

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Plan d'aménagement du Col du Béal - existant
©Pauline Osmond-Nauze
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Plan d'aménagement du Col du Béal - projet
©Pauline Osmond-Nauze
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Axonométrie de n'environnement proche de l'auberge et de l'observatoire - projet
©Pauline Osmond-Nauze
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Intérieur de l'observatoire du Col du Béal
©Alice Bertrand

À LA DÉCOUVERTE DE L'OBSERVATOIRE

Notre parti pris a été de faire un maximum avec l’existant. Nous avons suivi la structure des îlots séparés par les étroites fenêtres
et nous sommes venus creuser dans les placards en placo, constituant une série d’alcôves, à découvrir dans les pages qui suivent ! L’exposition suit une ambiance et une organisation propres aux cabinets de curiosité. Cela permet de rendre les notions ludiques pour les petit·es et les grand·es, sans trop lisser les contenus. Une attention particulière est donnée à la conception d’une double lecture selon les âges des visiteur·ices.
Le principe de conception de l’exposition est de rendre chaque notion vivante, concrète et appréhendable en un coup d’œil autant que faire se peut (ne mobilisant pas que les médiums de la photo et du texte, privilégiant les éléments 3D). La scénographie est explicitée en plan et deux des alcôves sont développées à titre d’exemple dans les pages suivantes.

En ce qui concerne le contenu, il suit cette trame :

I- La frontière, ligne directrice historique
La notion de frontière introduit l’exposition, posant les fondements de l’histoire du lieu. Cela comprend notamment des éléments archéologiques (pouvant mobiliser les collections du GRAHLF), traduisant les pratiques passées d’échanges commerciaux et des passages de population.

II- Le partage de la montagne entre différentes communautés humaines et non- humaines
Le sujet de du partage prend la forme de portraits de pratiquant·es par leurs outils. On découvre les différentes temporalités, pouvant se chevaucher entre usager·es et on aborde le sujet des traces humaines et non-humaines, pouvant se croiser. Une cartographie des chemins, des zones d’estive et des milieux écologiques invite à comprendre les notions abordées au sein de l’exposition, à l’extérieur.

III- La frontière, ligne directrice des milieux
La ligne de crête est également une ligne directrice des milieux écologiques. Entre ouest et est, des phénomènes de vents et de climats sont expliqués. Le relief est également appréhendable sous forme de maquette, permettant de donner à voir les notions des étages montagnards et alpins. Cela nous mène à la présentation de trois milieux des Hautes-Chaumes : les tourbières, les landes et les prairies. Ces présentations sont rendues vivantes et concrètes avec des éléments 3D et des histoires humaines.

IV- L’évolution des usages montagnards
Nous aimerions intégrer le paramètre du dérèglement climatique, n’étant pas très présent dans la première exposition. Il ne ferait pas sens de parler de myrtille sans dire que ces dernières années, les récoltes sont de plus en plus maigres. Aussi, cela serait l’occasion de questionner la notion de conservation de certains usages et des imaginaires montagnards qui en découlent. Quels usages ont déjà fait l’objet d’une disparition sur la montagne ? Que fait-
on et que projette-t-on dans la montagne d’aujourd’hui et de demain ? L’alcôve de la galerie des « Usages en voie de disparition » (en référence à la galerie des espèces disparues du Muséum d’histoire naturelle) est développée dans les pages suivantes.

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Plan de déambulation dans l'exposition
©Paulie Osmond-Nauze
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Alcôve "Usages de la montagne", portraits des pratiquants et pratiquantes par leurs outils, rideaux brodés de questions relatives à la pratique.
©Alice Bertrand
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Alcôve "Usage en voie de disparition", cartes postales, porte-clefs et boule à neige portant sur les stations de ski du territoire, niche conçue pour les enfants.
©Alice Bertrand

DE L'AUTRE CÔTÉ DE LA MONTAGNE

Le Col est définitivement un lieu stratégique, mais uniquement s’il communique avec d’autres ! À la frontière, on est parfois, à la fois en lien avec tout le monde et personne...

Pour que le lieu de l’Observatoire puisse vivre et faire vivre d’autres, il est primordial qu’il se lie à l’écosystème des lieux d’interprétation, des animateur·ices de moyenne montagne et de tous les acteur·ices qui animent le Forez, et cela des deux côtés de la frontière ! Ce sont aussi les institutions de la Communauté de communes Ambert Livradois-Forez, le Parc naturel régional Livradois-Forez, la Maison du tourisme du Livradois-Forez, le Conservatoire des espaces naturels Auvergne et celui du Rhône-Alpes, la Communauté d’agglomération Loire Forez et les communes de Saint-Pierre-la-Bourlhonne, du Brugeron et de Chalmazel qui pourraient être mobilisées, à différentes échelles.

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Cartographie du réseau d'acteurs et d'actrices
©Pauline Osmond-Nauze