Design des territoires

axo-dessin-couleur-1-_page-0001

HABITER BEURIERES

  • Design des mondes montagneux
  • Date/Période :
    Du 09 mai au 11 juillet 2025

    Auteur(s)/Autrice(s)

    Résident(s)

  • Léo Barbotin
  • Lohan Chaux
axo-dessin-couleur-1-_page-0001
©Lohan Chaux

La commune de Beurières, située à l’est d’Arlanc, se voit obligée de construire un bâtiment pour accueillir la population en cas d’inondation. La mairie souhaite en faire une salle polyvalente. Notre rôle fût d’en penser les scénarios d’usages en concertation avec la population locale. Cela s’est finalement étendu à des propositions d’aménagement à échelle du bourg. Nous avons consigné puis développé toutes ses idées dans un guide d’aménagement pratique.

Beurières est un petit village niché au pied du Forez, qui compte 200 habitant·es l’hiver et 300 l’été. À la fois paisible et dynamique, la commune est réputée pour ses vergers, ses événements associatifs et son église haute en couleur. Malgré sa dépendance commerciale à Arlanc et Ambert, on y compte encore deux commerces : un restaurant et un caviste.

p1079562
©Léo Barbotin
p1080795
©Léo Barbotin

LES QUESTIONNAIRES

Dans le but d’enquêter sur les modes d’habiter des beuriérois·es, nous avons conçu un questionnaire, diffusé à tous·tes les habitant·es de la commune. Nous avons obtenu 22 résultats, soit environ 10 % de la population. Le processus pourrait être amélioré en diversifiant les points de collectes et en permettant de répondre au questionnaire en ligne.

Lors de notre enquête nous avons demandé où se situaient les lieux d’habitation, de travail et de courses alimentaires. Nous en avons déduit que le village de Beurières était dépendant d’Arlanc et d’Ambert pour les commerces et services, mais que les activités professionnelles étaient beaucoup plus disparates sur le territoire. Le graphique montre qu’en ruralité, il est courant que son domicile et son lieu professionnel soient différents, ce qui pose la question « Comment habitons-nous nos villages ? ».

À partir des réponses des questionnaires, nous nous sommes rendu·es compte que les habitant·es demandaient en majorité une salle des fêtes et une épicerie, ce qui s’accorde bien avec les intentions de la municipalité, bien qu’après enquête, pour que l’épicerie fonctionne, il faut trouver des modèles alternatifs (comme il en existe sur le territoire)...

Les questionnaires ont touché une majorité de personnes âgées (proportionnellement à la population), puis la tranche 30-50 ans.

Ce qui ressort de la question, « Pourquoi aimez-vous habiter à Beurières ? » est en grande majorité des synonymes de tranquillité et de la proximité avec la nature. Arrive ensuite le fait d’être proche d’Arlanc. La présence d’associations très actives attire aussi une certaine part de la population.

ATELIERS DE CONCERTATION

Créés sur mesure pour le projet, il était proposé deux ateliers de concertation : un temps sur les usages et les envies des habitant·es et un autre sur l’aménagement du centre-bourg à partir d’une vue aérienne. Les ateliers duraient 45 min, pour des groupes de 5 à 7 personnes. Pour mener à bien les projets dans lesquels nous nous sommes engagé·es, il nous semble important de mener des temps d’ateliers de concertation publique. La concertation publique vise à associer les habitant·es d’un territoire à la prise de décision autour de projets d’intérêt commun. C’est un outil qui peut être utilisé par n’importe quelle collectivité territoriale, association ou même privé. L’intérêt est de prendre en considération les avis et les besoins de la population. Pour cela, nous mettons en place de nombreux outils créatifs qui proviennent de nos formations de concepteur·ices ; comme des plans axonométriques sur lesquels il est possible d’intervenir directement, la création de scénarios d’usage par des associations de cartes à jouer. Ces outils, parfois déstabilisants, permettent d’aller chercher des données très précises grâce à des processus de vulgarisation qui assurent de l’accessibilité et de la compréhension d’enjeux parfois complexes, sans perdre la richesse des intentions de départ. Cela permet aux locaux·les de s’investir activement dans le projet, sans se sentir dépassé·es par celui-ci.

Les ateliers de concertation habitant·es se sont déroulés le 9 mai 2025, de 17 h à 20 h, à l’ancienne école/salle des fêtes de la commune. 25 personnes y ont participé. Pour communiquer, nous avons mentionné la date sur les questionnaires, réalisé des affiches ainsi que publié un petit texte dans le « Quo de Neu ? », la lettre d’information des habitant·es de Beurières. Nous avons aussi aménagé la salle pour les besoins (notamment sonorisation). Des gommettes colorées ont été distribuées aléatoirement lorsque les gens rentraient au compte-gouttes pour former des groupes diversifiés.

p1080039
©Léo Barbotin

ATELIER DE CARTOGRAPHIE

À partir d’une vue aérienne du centre-bourg, de cartes missions issues de notre travail d’enquête et de crayons de couleurs, les beurièrois·es ont dû collectivement aménager leur village.

Accompagnés par Lohan Chaux, architecte, et Yalhma Robette, designer éco-social, les groupes d’habitant·es furent sollicité·es pour aménager le centre-bourg de Beurières. Le groupe devait répondre, collectivement, à une série de missions (ex : disposez 3 bancs publics, déplacez le parking numéro 1 puis dessinez le chemin nécessaire pour se rendre au restaurant à partir du nouvel emplacement, puis aménagez-le...). Au total, il sera fait 4 cartes qui nous permettrons par la suite de concevoir des propositions d’aménagement de la commune à partir des propositions des habitant·es.

ATELIERS SCENARIOS D'USAGES

Au travers de cartes thématiques, les beurièrois·es ont élaboré des scénarios d’usages concrets pour la future salle polyvalente, ainsi que pour l’avenir de la commune.

Accompagnés par Léo Barbotin, designer objet, Pauline Osmond-Nauze, paysagiste, et Hélène Bucher, architecte, les équipes ont imaginé des usages souhaitables à Beurières. Il était disposé, sur une grande table en bois, 60 cartes catégorisées en quatre thèmes : « usage », « temporalité », « environnement » et « avec qui ? », confectionnées par nos soins (inspirées du travail du collectif « Bruit du Frigo »). Les participant·es, individuellement, ont confectionné leur propre scénario avec les actions proposées. À partir des scénarios choisis (ex : faire du bowling, le soir, dans un écrin coloré, avec les enfants) les participant·es ont dû choisir collectivement un seul projet parmi l’ensemble du groupe et remplir une fiche technique qui prévoit les éléments nécessaires à la mise en place dudit projet (ex : les ressources, le matériel, l’espace…).

GUIDE D'AMENAGEMENT DU CENTRE-BOURG DE BEURIERES

p1081104
©Léo Barbotin et Lohan Chaux

À l’issue des ateliers de concertations avec les habitant·es de la commune de Beurières, il a été réalisé un « guide d’aménagement du centre-bourg ». Il s’agit d’un objet éditorial qui reprend en détail les idées et les besoins des habitant·es de la commune. On y trouve vingt fiches « missions » avec différents niveaux d’engagements : nid de poule, espace public et bâtiment. L’idée est de laisser un plan guide, fait sur mesure et en concertation, sur une dizaine d’années pour que les élu·es puissent suivre un cap clair dans l’aménagement de leur bourg. Selon les mandats et les personnes ressources du territoire, les projets peuvent êtres menés sur différentes échelles de temps et en fonction des moyens. Sur chacune des fiches, on retrouve tout les éléments essentiels à la bonne mise en place des projets. Avec une attention particulière à ce que certains travaux puissent être réalisés en régie (en interne) ou avec peu de moyens. Le document comporte aussi une carte de la ville qui témoigne des transformations apportées dans le temps, pour aider l’équipe municipale à se projeter dans les réalisations.

p1081109
©Léo Barbotin et Lohan Chaux

Les méthodologies de recherche-actions qui associent différents métiers de la conception (ici, design d’objet et architecture) sont une réponse potentielle aux difficultés qu’ont parfois les petites communes à établir des études et/ou des plans guides sur plusieurs années. Le processus pourrait être reproduit, à condition de conserver une approche vernaculaire et l’envie de co-construire avec les habitant·es.