Design des territoires

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Fin de piste

  • Design des mondes montagneux
  • Date/Période :
    Du 01 février au 11 juillet 2024

    Auteur(s)/Autrice(s)

    Résident(s)

  • Alice Bertrand
  • Pauline Osmond-Nauze

Ah la montagne, ses paysages, son bon air, son calme et ses stations de ski ! Autant de lieux communs qui évoquent un idéal montagnard, inchangé dans l’imaginaire collectif. Mais que se passe-t-il lorsque la montagne est « moyenne » et que les stations de ski pâtissent plus rapidement que dans les Alpes du manque de neige ?

Pas tout à fait montagne, mais pas plaine non plus, la moyenne montagne est un espace géographiquement complexe à définir. Elle n’est pas non plus le support de discours sur l’objet montagne, qui ont plutôt érigé les Alpes suisses puis françaises en exemple dès le XIXe siècle, écrasant toute autre réalité montagnarde.

Comment ce territoire d’entre-deux se raconte- t-il ? Se calque-t-il sur les images d’Épinal relayées sur la montagne ou s’adapte-t-il en tirant parti
de ses différences ?

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©Alice Bertrand

Téleski des Jonquilles, Prabouré, novembre 2024

Prabouré est une station de ski du Forez sur la commune de Saint-Anthème. Située en moyenne montagne, entre 1248 et 1400 mètres d’altitude,
elle fait déjà face à « l’après-neige » depuis une dizaine d’années. Elle est créée en 1954 par la famille d’agriculteurs Colomb. En 2012, elle passe en SEM et, elle est soutenue financièrement par des commerçants et habitants de Saint-Anthème et des communes avoisinantes. Elle est ouverte
sur la saison d’hiver principalement pour le ski de descente (8 pistes) et sur la saison estivale pour une diversité d’attractions (via ferrata, filets, tyrolienne, trottinette et karts de descente, etc.).

La raison d’être du projet est de donner à voir les réalités, attachements ou désattachements et souvenirs de différentes populations locales : les employés de la station, les commerçants et habitants de la commune de Saint-Anthème, ainsi que les pratiquant·es locaux et touristes de Prabouré, afin de donner des clefs de compréhension aux décisionnaires politiques.

L’objet station est en danger nationalement et mondialement. La moyenne montagne nous donne un aperçu de ce qui attend les Alpes par exemple. Son économie n’étant pas basée sur le domaine neige, il peut faire l’objet d’exemplarité. C’est un mille feuilles de réalités et de souvenirs qui se superposent dans un contexte de crise. Actuellement, la station est prise dans des questionnements politiques conséquents autour du classement des Hautes Chaumes par la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement Auvergne-Rhône-Alpes).
Le classement permet de protéger des monuments naturels et des sites dont la conservation et la préservation présentent, au point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, un intérêt général. L’objectif est de conserver les caractéristiques du site et de le préserver de toute atteinte grave. Ainsi, les sites classés ne peuvent être ni détruits ni modifiés dans leur état ou leur aspect, sauf autorisation spéciale du ministre en charge des sites ou du préfet. Prabouré souhaite être exclue de ce périmètre pour pouvoir se développer par exemple en ayant la possibilité de créer une UTN - Unité touristique nouvelle. Autre problématique, la DSP (délégation de service public) du domaine nordique de ski de fond est arrivée à échéance en mars et n’a pas été reconduite par la communauté de communes. Il y a aussi des questionnements autour du bâtiment vétuste de la PEP (ancien accueil de colonies de vacances appartenant à la communauté de communes) à l’entrée du site et, enfin, des débats plus globaux autour de l’activité hivernale (la communauté de communes continuera-t-elle d’accorder de l’argent public pour la saison hivernale ?).

Dans un contexte politique où la transition de la station est un vrai sujet d’actualité, comment prendre du recul sur sa place dans les imaginaires de ses commerçants, salariés et surtout de ses habitants, de ses touristes, afin de comprendre sa place dans un système social de montagne ?

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Frise chronologique de l'histoire touristique du Livradois-Forez
©Pauline Osmond-Nauze
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Un contexte politique aux multiples échelles
©Pauline Osmond-Nauze

FAIRE ENQUÊTE

En commençant cette enquête, nous avons été confrontées au manque de documentation sur la station de Prabouré et de celles disparues du Forez, comme la Haute-Vallée ou Chalmazel 1500. Hors, ce travail de recherche est fondamental, sous peine de manquer de justesse. C’est la raison pour laquelle nous avons dû mettre en place un certain nombre de techniques -questionnaires, entretiens semi-directifs, observations, ateliers, photographies et dessins- pour récolter des informations auprès de la population locale ou touristique.

ATELIER STATION

L’atelier s’est déroulé sur trois jours à la station de Prabouré pendant le week-end de l’Ascension 2025. Le but : voir le fonctionnement de la station, pouvoir interroger les employés et les touristes autour de leur travail pour les uns et de leur attachement à la station pour les autres. À cela s’est ajouté la création d’un herbier de piste de ski, de la prise de vue et du dessin.

Nous en avons aussi profité pour expérimenter certaines des activités proposées, comme la tyrolienne ou la tour avec son toboggan, sa vue panoramique et son quick-jump.

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L'écosystème touristique de Saint-Anthème, entre station et bourg
©Pauline Osmond-Nauze
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Frise recensant les aménagements faits par la station depuis son passage en SEM
©Alice Bertrand

ATELIER HABITANT

L’atelier s’est déroulé au Continental après « le repas du Conti », organisé tous les premiers lundis du mois. Une cinquantaine de personnes en moyenne se déplacent pour l’événement.

Des questionnaires ont été distribués pendant le repas pour récolter le plus grand nombre de réponses. Vingt-huit personnes sont restées pour participer à l’atelier.

Au programme, travail sur les imaginaires attachés à Saint-Anthème, écoute de chansons parlant de la commune et mise en relation avec des cartes postales anciennes, visionnage d’un extrait de documentaire sur la station et le bourg de Chalmazel et discussions.

Le but de l’atelier était de collecter des souvenirs et impressions sur la station de Prabouré et l’ancienne station de la Haute-Vallée, tout en captant au mieux le point de vue habitant sur la vie de bourg et le tourisme.

Cette fresque est le résultat d’échanges et de partage d’idées après le visionnage d’un extrait du documentaire Film-spectacle de la compagnie HDVZ | Chalmazel-Jeansagnière. Les 10 minutes visionnées avait pour objet le lien (ou non-lien) entre le bourg de Chalmazel et sa station. L’intérêt était pour nous de voir si cela pouvait faire écho avec le bourg de Saint- Anthème et la station de Prabouré.
D’après les participants à l’atelier la situation est similaire sans l’être. Beaucoup de « ah oui, c’est vrai » pendant le visionnage, mais il y avait des difficultés à lier la situation du bourg de Chalmazel à celui de Saint- Anthème.

En conclusion, les participants trouvent que Prabouré commence à ressembler au Chalmazel d’il y a 40 ans. Avec la perte des colonies de vacances, de la PEP, des hôtels et des commerces du bourg, la station est maintenant dans une logique d’auto- suffisance. Notamment avec la création du bâtiment d’accueil et restauration qui leur permet d’offrir ce service aux visiteurs et de palier au manque d’établissements sur la commune. Cette stratégie qui a été celle de Chalmazel au moment de sa construction a laissé son bourg à la marge. Les participants craignent que cela se reproduise à Saint-Anthème, avec un déséquilibre qui pénaliserait le centre bourg.

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Une vue sur le bas de la station de la Haute-Vallée des Supeyres, démantelée en 2007, année 70, Wikipédia

ET APRÈS ?

Au vu des questionnements actuels autour de « l’après-neige » et d’un nécessaire changement de modèle, il devient vital pour envisager la suite de comprendre l’importance qu’ont eu (et ont toujours) ces stations pour les habitants et les visiteurs. D’autant que la génération qui les a créé ou les a connues en plein fonctionnement disparaît peu à peu et, avec elle, la mémoire de ces lieux. L’on ne peut pas penser un « après » en faisant fi de l’histoire de ces lieux qui ont façonné la vie sociale et économique, ainsi que les imaginaires.

Tout au long de notre résidence, nous avons dû chercher à comprendre ce qu’était la station de Prabouré : l’enquête a été longue et multi-directionnelle. Nous l’avons pensé comme une base de réflexion destinée aux élus pour les aider dans leur prise de décisions sur lesquelles, aujourd’hui, personne ne semble être arrivé à un consensus.

Comme nous l’avons vu précédemment, la station de Prabouré a engagé sa transition en « station quatres saisons » dès 2012. Les recettes d’été permettent d’équilibrer les comptes avec les recettes hivernales, plus aléatoires. Aujourd’hui, le mot d’ordre de « l’après-neige » est de diversifier, cependant nous voudrions attirer l’attention sur le fait que la diversification ne peut pas être une solution unique. En effet, cette dernière ne prend pas en compte les spécificités territoriales des stations, et se contente de reproduire un modèle et des propositions d’activités, les mêmes pour toutes.

De notre point de vue, il conviendrait de penser la question des habitats, soit
avec la proposition de restructuration du bâtiment de la PEP, soit en se penchant sur le projet d’habitat insolite porté par Prabouré. Ces projets sont le symptôme du manque d’hébergement touristique sur la commune. Sur la station il y aurait des projets à mener autour de la signalétique, qui est diverse et en très grand nombre, pour l’harmoniser et apporter plus de compréhension.
Une autre piste serait de penser le lien futur de Prabouré avec le bourg de Saint- Anthème, selon les différents scénarios de développements imaginés, et ainsi aller au devant de potentielles crispations habitantes.
Enfin, la présence de boucle de randonnée et VTT sur la station serait un point de départ pour proposer des animations avec des accompagnateurs en moyenne montagne, et penser le lien de la station
avec les lieux touristiques proches comme la jasserie du Coq noir, les Hautes-Chaumes et ses circuits etc.