
La région des Côtes-d’Armor où nous avons passé notre résidence se caractérise par une forte présence agricole. Le paysage porte les traces évidentes de la politique française du remembrement – une vaste réforme foncière visant à regrouper de petites parcelles morcelées en unités plus grandes. L’objectif était de faciliter la mécanisation, d’augmenter la productivité et de moderniser l’agriculture. Ce processus, qui a surtout pris son essor entre 1955 et 1975, a profondément transformé les paysages français et la structure de l’agriculture.
Aujourd’hui, un débat animé agite le secteur agricole français, où les petits exploitants ont du mal à accéder à la terre. Les soutiens de l’État et les décisions politiques tendent à privilégier les grands producteurs, ce qui rend difficile la survie et le développement des exploitations plus petites et plus durables. Il s’agit là d’un enjeu central pour l’avenir des zones rurales et pour la préservation des valeurs écologiques et culturelles de la région.
Face à ces difficultés, les exploitations plus petites tendent à tisser des réseaux d’entraide pour perdurer. En effet, lors de notre rencontre avec les exposants au marché de Kerbiguet, nous avons constaté que les modèles de culture à petite échelle et écologiquement durables, représentés par de nombreux exposants, ne sont pas suffisamment mis en valeur.
Lors de notre rencontre avec les paysans de Kerbiguet, nous avons été touchées par leur démarche qui inclut les pratiques agricoles, une approche durable de l’entretien et de la gestion des terres, et le soin du vivant au sein d'une vision systémique.
À travers les totems, nous avons souhaité rendre visible leur fonctionnement en réseau, qui se constitue par des entraides mutuelles : les rebuts de production de l’un peuvent servir à celle de l’autre. L’idée de ces totems est également née d’un besoin exprimé par les agriculteurs eux-mêmes lors de nos études de terrain : disposer d’un objet signal commun à proximité de leurs fermes afin d’attirer l’attention des passants. Plutôt qu’un panneau d’information, nous avons entrepris une recherche autour de formes pour les représenter.
Le projet s’adresse ainsi à la fois aux personnes qui connaissent déjà le marché et à celles qui ne le connaissent pas, afin de susciter la curiosité et d’accroître la visibilité. Il s’agit d’un projet manifeste dont l’objectif est de rendre ce réseau visible dans le paysage.
En ne retenant que le critère de la forme de révolution, nous avons recherché des éléments issus des productions de chacun des exposants du marché, mais devenus inutilisés car cassés ou obsolètes. Nous avons ensuite expérimenté l’assemblage de ces objets en totems, conçus pour être perçus de la même manière quel que soit l’angle de vue. Pour effacer leur fonction d’origine et mettre en valeur uniquement leur silhouette, nous les avons uniformisés à l’aide d’un revêtement opaque, composé de poudre d’ardoise appliquée sur une couche de goudron norvégien. Les totems sont imaginés pour être placés à proximité de leur ferme, avec une visibilité depuis la route.






