Design des territoires

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La boutik chez Fany

  • Design des mondes insulaires
  • Date/Période :
    Du 30 juin au 02 juillet 2025

    Auteur(s)/Autrice(s)

    Résident(s)

  • Stéphanie Lebon

Comment pérenniser et diffuser notre patrimoine visuel et immatériel ? Quelle est la place de l’objet d’art dans ce que l’on définit socialement comme “produit de première nécessité” ? Mais surtout quelle est sa valeur relationnelle et humaine ? Quelle est la place du rakontaz zistwar dans notre quotidien ? Comment l’inscrire dans une pratique participative, davantage ouverte ?

Comment redonner de la valeur, créer du lien, diffuser de nouvelles pratiques artistiques écrites et orales afin de continuer à développer nos imaginaires collectifs ?

Contexte et enjeux

À La Réunion, il existe un lieu-dit qu’on appelle “LA BOUTIK” (“la boutique” ou “le commerce” en créole réunionnais). C'est un petit commerce présent partout dans la ville, même dans les quartiers les plus excentrés. Historiquement, on peut y trouver du pain frais tous les jours, des produits dit “de première nécessité”, des produits frais, des légumes…Aujourd’hui, les usages ayant évolués ainsi que la clientèle, on peut désormais y faire son PMU, recevoir ses colis et acheter des batteries externes pour recharger son téléphone portable. C’est surtout un lieu emblématique qui a échappé à la gentrification : souvent reconnaissable avec ses façades peintes à la main avec des publicités Coca-Cola et “Bourbon Dodo”. Il représente donc un savoir-faire ancien et nécessaire. C’est un lieu iconique de l’île, faisant souvent l’objet de visuels de cartes postales. On y voit tout type de population. C’est un lieu ressource, souvent présent jusque dans les quartiers les plus excentrés et qui fait le lien entre toutes les générations. Quand j’étais petite c’était aussi le premier endroit où l’on me laissait m’y rendre toute seule pour faire une course. C’est toujours un lieu de confiance.

Approche et méthodologie

Ce que je commence à rakonté ici c’est mon zistwar autour de la boutik kréol réunionnaise, sur ce lieu qui traverse le temps.

Les histoires sont importantes à La Réunion. Elles nous ont permis de conquérir notre identité et de façonner notre langue. Tradition historiquement orale et donc fragilisée par la transmission qui se perd.

Lors des arpentages, je comprends que les zistwar liées au volcan sont celles qui définissent la mythologie des habitant.es de ce territoire ste-rosien.

C’est un élément déterminant de l’identité de la commune dont il faut se résilier à vivre avec. Et souvent, celui-ci est incarné par une vision démoniaque, destructrice et colérique. Mais cela reste une histoire parmi tant d’autres…

Je cherche à bâtir un pont entre ma mythologie et celle des sainte-rosiens.

Pour réécrire l’histoire de notre île selon notre propre perspective, “La boutik Chez Fany” propose une tentative de réponse.

Les différentes étapes du projet:

Imaginer la possibilité d’un lieu

L’idée sera ici de créer une structure mobile, itinérante, facilement démontable et transportable afin de marquer la présence d’un nouveau lieu n’importe où dans la ville. Elle ouvre la possibilité d’une boutique, d’un stand où le public curieux, vient à la rencontre de l’artiste dans ce que je nomme “un échange relationnel”.

On y fait quoi ?

Les rencontres créatives. J’ai imaginé trois supports et outils d’écriture afin de permettre la participation d’un public diversifié. Ces trois supports se déploient selon trois univers :

1—Poésie volcanique

Il s’agit ici du premier support d’écriture imaginé pour la Boutik. L’idée était de proposer des questions assez simples, pensées comme un questionnaire de Proust mais avec la singularité que cette fois-ci ce n’est pas moi qui est au centre de la réponse mais le volcan. C’est de l’imaginer comme une entité humaine avec des réflexions et des sentiments. Un petit formulaire débute cette fiche dans le but de garder contact avec la personne qui l’a complétée.

Cela pour la suite du projet (voir partie « échange ») mais également pour construire une base de personnes à contacter sur le territoire, pour les inviter à la restitution ou autre. La première partie d’écriture invite à partager ses caractéristiques, ce qui définit son identité : son oiseau préféré, la couleur qui lui irai le mieux, etc… La deuxième partie est davantage tournée vers le partage d’un souvenir lié au volcan. Pour aider cela, j’ai préparé des amorces de phrases. Cela facilite l’accès à nos propres souvenirs car la page n’est pas « blanche ». Cette fiche a été activée avec les enfants lors d’un atelier à l’école. Elle leur a demandé réflexion. Le public adulte y est beaucoup plus réceptif.

Les personnes qui ont du mal à l’écrit se sont vues enregistrées à l’oral.

Cette fiche a été imaginée dans le but d’avoir de la matière imaginaire pour écrire des petites histoires qui pourront par la suite faire l’objet de recueil de textes de nouvelles mythologies liées au volcan.

2—Et si le volcan était une déesse ? (changer d’image)

Lors de mes recherches sur les mythologies liées au volcan, celui-ci était toujours vu comme mauvais et diabolique. Ce territoire était celui des Marrons et pour les inscrire en tant qu’ennemi, les colons ont construit et alimenté ce mythe d’un territoire diabolique. Et cette image étai souventt incarnée par une femme (la sorcière Gran Mèr Kal ou Madame Desbassyns).

Je me suis posée la question : et si le volcan était une déesse ?

J’ai imaginé un outil/support d’écriture où l’on fabrique une figure opposée à celle des récits communs, avec un personnage volcanique qui serait une déesse bienveillante, nourricière et créatrice.

En reprenant simplement des formes liées à la représentation graphique d’un volcan (triangle, explosion…) je propose un catalogue de formes à remplir avec des motifs. Ensuite, il s’agira de découper les formes et de ré-assembler

pour former sa représentation. La personne est ensuite invitée à imaginer un prénom. Nous avons alors à disposition un « trombinoscope » de nouvelles figures volcaniques, comme des photos d’identité qui servent de bases à l’écriture d’une nouvelle histoire.

3—Rakontaz zistwar

La dernière partie des ateliers d’écriture est le Rakontaz zistwar.

Au fur et à mesure des différentes propositions et de mes recherches, je prends la proportion de ce que représentent les récits, leurs créations, leur transmission et leur diffusion au sein de notre territoire. Ils permettent d’ancrer notre culture dans le présent et je trouve très peu de propositions contemporaines liées à l’image du volcan. C’est aussi la réflexion que je me suis faite en début de résidence : quelles sont les mythologies et cosmogonies volcaniques ? Pour proposer une partie de réponse à cette question, je réfléchis à un outil qui permettra la fabrication simple de débuts de nouveaux contes.

Ici, j’ai d’abord imaginé 5 catégories dans lesquelles pouvaient se découper l’écriture d’un conte : un environnement, un personnage, une action physique, un arrêt temporel et un élément perturbateur.

Le public pourra choisir grâce à un jeu d’étiquette un élément dans chacune des catégories. Il place ensuite ses éléments dans l’ordre proposé sur la fiche où l’histoire composée commencera toujours par la formulation créole « KRIKÉ KRAKÉ ». Il sera ensuite invité à écrire une suite à son histoire.

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