Design des territoires

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Kit d'endémisation de la kour

  • Design des mondes insulaires
  • Date/Période :
    Du 03 mars au 30 juin 2025

    Auteur(s)/Autrice(s)

    Résident(s)

  • Alice Morthomas
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© Santa Ramaherison

Comment accompagner les acteurs scolaires et communaux dans un aménagement paysager de la kour plus participatif et résilient face aux aléas climatiques ?

Le projet est un protocole d’expérimentation de renaturation de la cour d’école de Piton Sainte-Rose à travers une série d’ateliers créatifs autour des métiers façonnant l’environnement. L’objectif est de transformer la cour de l’école en un espace vivant et partagé, en s’appuyant sur les ressources du territoire et l’imaginaire des enfants. Ce projet implique et outille un ensemble d’acteur.ices (équipes pédagogiques, équipe techniques communales, acteur.ices environnementales…) dans une démarche participative pour planter cet espace scolaire. Il constitue une première action fondatrice, si on l’envisage dans un phasage plus large et progressif à l’échelle de la commune.


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© Santa Ramaherison

Contexte 

À notre arrivée sur la commune, nous avons été immédiatement introduits à l’école de Piton Sainte-Rose.
Ma pratique de designer d’espaces, attentive aux enjeux du paysage et mon envie de mener une action concrète avec les enfants m’ont conduite à placer la kour de l’école au centre de ma résidence à Sainte-Rose.

Le projet du kit d’endémisation de la kour est né de trois constats simples mais déterminants.

D’abord, la cour de l’école possède une large surface enherbée mais elle reste peu accessible aux enfants, très minéralisée et surtout presque dépourvue d’arbres. L’école sort d’un long chantier avec la construction d’une grande structure métallique, type préau, et l’imperméabilisation du sol. Ces aménagements étaient nécessaires pour répondre aux fortes pluies fréquentes dans la commune mais ils ont aussi entraîné l’abattage de deux arbres majeurs, très appréciés des enfants, qui apportaient ombre, fraîcheur et repères. Ce manque de végétation est aujourd’hui très ressenti.

Ensuite, le passage du cyclone Garance a laissé des traces visibles sur le paysage. Sur le terrain un constat s’est imposé : la majorité des arbres déracinés ou cassés étaient des espèces exotiques, souvent choisies pour des raisons ornementales ou productives mais peu adaptées à la violence des cyclones. À l’inverse, les arbres endémiques encore présents ont pour la plupart résisté. Leur enracinement profond, leur port dense et leur adaptation au climat réunionnais en font des alliés évidents pour des cours d’école plus résilientes. Ces arbres-là tiennent debout, protègent le sol et les enfants et racontent un autre rapport au vivant.

Enfin, les savoirs sur ces plantes, leurs usages, leurs vertus médicinales et leur lien avec les récits de l’île, se perdent. Il me semble essentiel de les transmettre aux plus jeunes, de les faire revenir dans le quotidien. Replanter des espèces endémiques dans la cour, c’est aussi une façon de reconnecter les enfants à leur territoire, de valoriser ce patrimoine végétal vivant et de leur donner envie d’en prendre soin.

Des enjeux de renaturation de cette cour d’école se dessinent face à son imperméabilisation avancée. De plus, l’importante chute d’arbres provoquée par le cyclone Garance laisse derrière elle une grosse quantité de bois à reconsidérer. Et si cette matière issue du cyclone devenait une ressource pour l’aménagement du territoire ? Enfin, la transmission de notre patrimoine végétal réunionnais ne peut se limiter par une approche folklorisante. Nous devons continuer d'œuvrer pour sa présence dans nos environnements quotidiens, notamment scolaires. Planter devient alors un acte de réancrage de notre héritage.

Approche et méthodologie

Le projet se divise en trois temps qui se chevauchent parfois : une phase d’arpentage avec des collectes de zerbaz et une infusion de savoirs botaniques à travers de la documentation et des rencontres d’acteur.ices environnementaux.les. En parallèle, une phase de conception d’ateliers pour l’école puis d'animations. Et enfin, une phase de développement de projet en itération avec les ateliers.

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© Santa Ramaherison
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© Santa Ramaherison
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© Santa Ramaherison

Etapes du projet

Les ateliers comme levier de co-construction

C’est à partir de cette méthodologie, mêlant arpentage, rencontres, documentation et expérimentation, qu’ont émergé les temps d’ateliers menés à l’école. Pensés à la fois comme des outils de sensibilisation, de transmission et de concertation, ces ateliers ont constitué le cœur du processus de conception partagée.
Avec une classe de CM2 composée de 22 élèves, chaque séance avait pour objectif d’outiller les enfants pour les inviter à regarder, comprendre, imaginer, puis transformer leur kour.
Ils sont ainsi devenus tour à tour botanistes, paysagistes, pépiniéristes et jardiniers, posant collectivement les premières pierres d’un projet de renaturation porté par leurs regards et leurs gestes.

ATELIER N°1 "APPRENTI.ES BOTANISTES"

La première séance était dédiée à la réalisation collective de fiches botaniques autour des plantes aromatiques appelées à être plantées dans la kour. Il s’agissait d’observer, de nommer, de sentir, de dessiner, mais aussi de réfléchir à leur futur emplacement. Un premier pas sensible vers la végétalisation.

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© Tina Abenzoar
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© Tina Abenzoar
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© Tina Abenzoar

ATELIER N°2 "APPRENTI.ES PAYSAGISTES

La deuxième séance s’est concentrée sur l’espace de la cour lui-même. Munis d’un "carnet du paysagiste", conçu pour l’occasion, les enfants ont déambulé dans la kour en analysant ses ambiances, ses usages, ses qualités et ses manques. Ils ont aussi esquissé des usages rêvés. Ce moment a permis de recueillir leurs perceptions fines, leurs souvenirs et leurs désirs pour l’avenir de la cour. Le carnet a joué ici un véritable rôle de support à la concertation.

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© Alice Morthomas
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ATELIER N°3 "APPRENTI.ES PEPINIERISTES"

La troisième séance a été construite en collaboration avec Bénédicte Rodier, pépiniériste sainte-rosienne passionnée. Elle est venue à l’école avec une sélection de plants locaux prochainement destinés à la kour. Elle a partagé avec les enfants les récits, les croyances et les caractéristiques de chaque espèce. Ce moment s’est poursuivi par un temps convivial autour d’une boîte de semences d’endémiques à faire circuler aux familles des élèves.

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© Alice Morthomas
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© Alice Morthomas
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© Alice Morthomas

ATELIER N°4 "APPRENTI.ES JARDINIER.ES"

Enfin, la quatrième séance a marqué la concrétisation du projet. Toujours accompagnés de Bénédicte, les enfants ont mis les mains dans la terre pour végétaliser leur cour. Six espèces endémiques, quatre aromatiques, ainsi que plusieurs boutures apportées par les parents ont été plantées avec soin.

Pour permettre cette plantation, le service environnement de la ville, accompagné du personnel technique scolaire, a soutenu l’atelier en prêtant le matériel nécessaire et en creusant les trous. La collaboration étroite avec la pépiniériste Bénédicte Rodier a permis de sélectionner des espèces adaptées à la kour, ainsi que d’organiser leur implantation de manière cohérente pour assurer leur bonne croissance à long terme.

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© Santa Ramaherison
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© Alice Morthomas
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© Tina Abenzoar

Productions

L’ensemble du projet est regroupé sous le nom de « kit d’endémisation de la kour ». Il s’agit d’un ensemble de documents de transmission destinés à l’école et aux services environnement et aménagement de la mairie pour faciliter l’entretien et la poursuite de ce projet de plantation de la kour.


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© Tina Abenzoar
Un annuaire de contacts ressources permet de mettre en lumière toutes les personnes ayant contribué de près ou de loin à la réalisation de cette plantation, et sert de contacts utiles pour l’école en cas de besoins spécifiques.
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© Tina Abenzoar
L’ensemble des nouvelles plantations sera nommé durablement à l’aide de plaques d’identification gravées sur de la roche volcanique, ressource et savoir-faire issus du territoire sainte-rosien.
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© Tina Abenzoar
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Une cartographie des plantations, livrée à l’équipe enseignante et aux élèves, permet de transmettre le projet à l’ensemble de l’école.
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© Tina Abenzoar
Des modes d’emploi des ateliers réalisés sont également fournis à l’école pour leur permettre de les reproduire et ainsi intégrer ce projet d’endémisation au cœur du programme pédagogique. Ces éditions servent à être appropriées par l’équipe pédagogique comme des fiches actions pouvant aussi donner des pistes d’ateliers créatifs à mener en lien avec la kour plantée.
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© Tina Abenzoar
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Les rencontres avec le service urbanisme et l’ONF ainsi que les idées recueillies lors d’ateliers avec les enfants m’ont conduit à penser une cartographie de préconisations paysagères de la kour, notamment en utilisant les ressources laissées derrière le cyclone comme éléments de projet de paysage plus résilient et responsable. Ce livrable sera soumis au service environnement et urbanisme de la ville pour tendre vers des projets d’aménagements paysagers plus vertueux pour le territoire.
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Poursuite envisagée 

Ce projet constitue une première étape fondatrice, si l’on l’envisage dans un phasage plus large et progressif à l’échelle de la commune. Il s’agit d’une phase exploratoire et de cadrage, articulée autour d’un travail de terrain avec les enfants, qui amorce un processus de renaturation participative des cours d’école. En ce sens, cette phase initie les bases d’une démarche reproductible, en posant les premières étapes concrètes : concertation des usagers, activation du terrain, production d’outils partagés et co-construction de premiers scénarios d’usage.

Elle pourrait être prolongée par une phase 2 de Consolidation et préfiguration de l’aménagement paysager avec de futures missions de Rédaction de recommandations paysagères, d’assistance à maîtrise d’usages, d’animation d’ateliers participatifs et de conception paysagère. 

Puis d’une phase 3 de déploiement du protocole à l’échelle communale, dans d’autres établissements. Accompagné de missions de mise en œuvre d’un programme “cours vivantes” dans d’autres écoles, coordination et formation ou appui aux équipes.

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© Tina Abenzoar