
Et s'il y avait une autre manière de raconter les catastrophes autrement ?

Et s'il y avait une autre manière de raconter les catastrophes autrement ?
Un mythe collectif face au cyclone
L'atelier Garance naît d'un constat : ce que nous apprenons à l'école autour des catastrophes naturelles est pragmatique. Le passage de Garance met en lumière l'évolution du climat à La Réunion. Les cyclones sont de plus en plus fréquents et de plus en plus violents. Chacun d'eux a ses spécificités et son propre comportement.Sa force, sa durée et son bruit ont paru surnaturels, tout droit sortis d'un racontaz zistoir. Nous les gardons en mémoire.
Cette atelier s'inscrit dans le projet Ékol Koudvan, dans l'idée de fabriquer des espaces de rencontre et de partage.

Transformer la catastrophe en récit partagé
L'idée de l'atelier Garance est de construire ensemble une image collective de cette catastrophe naturelle. Garance se transforme en mythe, en zistoir qui reste, créée à partir du vécu des habitants de Sainte-Rose.
Pour aborder l'événement avec les enfants, nous proposons un atelier de personnification du cyclone. Après une discussion sur les phénomènes naturels, qui peuvent parfois sembler surnaturels, nous imaginons ensemble l'apparence de Garance.
Un langage visuel du ressenti
C'est par un code couleur spécifique et par la quantité de formes symbolisant la force, la durée et le bruit, que Garance prend forme, selon les sentiments vécus pendant le cyclone.
Le code couleur des émotions :
- Le rouge foncé : J'ai eu peur de…
- Le vert : J'ai été surpris par…
- Le lila : J'ai aimé…
Les formes symboliques
La main : La force
La goutte : Le bruit
L'éventail : La durée
Ce langage visuel permet de délier les langues et de partager nos peurs, nos inquiétudes et un peu de nous-mêmes lors d'un atelier créatif.

Transmettre la mémoire
Le résultat de cet atelier est un moyen de transmettre aux générations futures les ressentis d'une catastrophe. Ainsi que de créer des espaces de partage et de regroupement en phase post-cyclonique. Cet atelier est un protocole pour ancrer et écrire des histoires, en créant des moments de partage d'histoires qui sont en nous et que nous gardons pour nous.
Ces couleurs permettent de s'approprier un code qui ne signale pas un niveau d'alerte mais un niveau de ressenti.
Le projet en chiffres
80 Garance ont été réalisées et 80 histoires ont été racontées
Avec l'ALEFPA et les classes de cycle 3 de l'école de Piton
10 ateliers ont été menés à la Médiathèque et à l'école de Piton
Ces 80 Garance ont été exposées à la médiathèque de Sainte-Rose pendant l'hiver austral 2025 pour donner accès à ces histoires personnelles et créer un espace de partage avec le public


Le projet Garance s'inscrit dans une réflexion plus large sur la mythification des événements et la transmission des récits dans l'océan Indien. L'ouvrage collectif Pensées du Grand Océan d'Élisa Huet et Carpanin Marimoutou explore comment, dans les îles de la zone indianocéanique, les mythes se construisent, se transmettent et se métamorphosent sous la plume des écrivains et la main des artistes.
Cette approche résonne avec la démarche de l'atelier : transformer un événement climatique violent en récit partagé, en mythe contemporain qui se transmet et continue de vivre à travers les créations collectives. Comme les mythologies qui parcourent le Grand Océan, Garance devient une figure qui se mythise, portant en elle la mémoire collective d'une catastrophe naturelle.
HUET, Élisa et MARIMOUTOU, Carpanin (dir.). Pensées du Grand Océan. Le Corridor bleu / Presses Universitaires Indianocéaniques, 2023, 344 p.