Design des territoires

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Banderole mendiante des souvenirs de l’Éden

  • Design des mondes insulaires
  • Date/Période :
    Du 25 novembre 2024 au 10 janvier 2025

    Auteur(s)/Autrice(s)

    Résident(s)

  • Alice Morthomas
  • Santa Ramaherison
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© Tina Abenzoar
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© Alice Morthomas

Comment transmettre collectivement la mémoire d’un lieu emblématique à travers une œuvre artistique sensible, participative et intergénérationnelle, qui donne à voir les histoires vécues et les émotions attachées à l’ancien Ciné Éden ?

À travers l’atelier « Souvenirs de l’Éden », le pôle Communication a proposé une œuvre textile participative. Cinq ateliers menés dans des lieux publics et associatifs ont permis à des habitant·es de tous âges de participer.

Contexte et enjeux

L’ancien Ciné Éden, friche culturelle au cœur du Tampon, cristallise de nombreuses mémoires locales. Entre les souvenirs de films, de rendez-vous amoureux, de sorties entre ami·es, et la symbolique forte du lieu dans le paysage urbain, il représente bien plus qu’un bâtiment : un repère, un fragment d’identité collective. Le pôle Communication a souhaité capter cette richesse immatérielle à travers un geste artistique collaboratif. L’enjeu était double : valoriser les histoires vécues et rendre visible leur transmission dans l’espace public.

Approche et méthodologie

L’atelier « Souvenirs de l’Éden » s’est construit autour d’un support symbolique : la banderole mendiante, œuvre textile inspirée du tapis mendiant réunionnais, un patchwork traditionnel fait de chutes de tissus. Chaque participant·e a été invité·e à choisir un mot-souvenir lié à l’ancien cinéma (nom, émotion, couleur, odeur, texture, souvenir personnel…), à l’imprimer manuellement sur un morceau de tissu recyclé, puis à l’accrocher sur une corde à linge ou à l’assembler dans la banderole collective.

Les tissus utilisés provenaient de la boutique solidaire "Aid'a zot", située juste en face du Ciné Éden. L’association, partie prenante du projet, a contribué à fournir la matière première recyclée, en cohérence avec l’esprit circulaire et local de la démarche.

Cette œuvre d’environ 2,50 mètres de haut sur plus de 4 mètres de large a ensuite été installée temporairement sur la façade du Ciné Éden, recouvrant les anciens porte-affiches. Elle donnait ainsi à voir les souvenirs des habitant·es, cousus ensemble dans un geste symbolique de reliance intergénérationnelle.
Ce geste marquait aussi une première occupation artistique de la façade du bâtiment, amorçant ainsi une réappropriation sensible de ce lieu emblématique.

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© Tina Abenzoar
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© Tina Abenzoar

L’installation reposait sur un principe de mobilité et d’adaptabilité : cinq ateliers ont été organisés dans des contextes variés (médiathèques, boutique solidaire, structure d’habitat inclusif, etc.). Chaque lieu a révélé des formes d’engagement spécifiques, influencées par l’accessibilité, la communication en amont, la présence de relais locaux ou la nature des usager·es.

Un soin particulier a été apporté à la scénographie de l’atelier : installation visible,  banderole signalétique, choix d’un lieu de passage ou d’interaction, mise à disposition de lettres en tampons, proposition de mots pour inspirer les participant·es, récolte de témoignages à l’écrit… Chaque dispositif visait à rendre le geste lisible, accessible et engageant.

L’atelier était aussi conçu pour fonctionner avec peu de matériel : un seul alphabet tampon suffisait pour 1 à 2 personnes en simultané, créant une dynamique de coopération. Pour toucher un public plus large, des préconisations ont émergé : renforcer la communication locale (affiches, commerçants, services, bouche-à-oreille), proposer un double alphabet pour fluidifier les ateliers, permettre aux participant·es de repartir avec leur propre mini-banderole…


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© Tina Abenzoar
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© Guillaume Haurice

Etapes du projet :

1. Phase de préparation et de conception graphique et logistique : élaboration du format, création des supports de communication, repérage des lieux.

2. Collecte et sélection des tissus auprès de la boutique "Aid’a zot", partenaire du projet, en lien direct avec la localisation du Ciné Éden.

3. Cinq ateliers menés entre janvier et février, dans des lieux aux typologies contrastées :
- Médiathèque de Bourg-Murat (temps festif intergénérationnel),
- Boutique solidaire Aid’a zot (lieu de passage peu propice à la participation spontanée),
- Habitat inclusif CCAS La Chatoire (cadre quotidien favorable à la création),
- Médiathèque du Tampon (temps dédié au loisir culturel, bien relayé).

4. Travail de couture et d’assemblage textile, réalisé en interne, pour former la banderole finale à partir des morceaux imprimés.

5. Installation sur la façade du Ciné Éden, où l’œuvre a temporairement recouvert les anciens porte-affiches, amorçant une première intervention artistique sur le bâtiment et redonnant vie et poésie à son entrée.

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© Tina Abenzoar

Au-delà de l’œuvre textile, l’atelier a permis de constituer un répertoire de souvenirs tamponnais, de stimuler des échanges profonds autour de l’attachement aux lieux, et d’interroger la place de la mémoire dans les processus de transformation urbaine.

Conclusion

L’atelier « Souvenirs de l’Éden » démontre le potentiel de la communication lorsqu’elle se pense comme une mise en récit collective du territoire. En mobilisant l’imaginaire, l’affectif et le symbolique, ce dispositif artistique a réuni les habitant·es autour d’un geste commun de mémoire. Il donne une visibilité nouvelle aux récits de quartier, et ouvre la voie à une communication ancrée, participative et poétique, au service de la réactivation des lieux oubliés.