Design des territoires

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Oh Verger de Schweyen !

  • Design des mondes forestiers
  • Date/Période :
    Du 10 avril au 03 juillet 2025

    Auteur(s)/Autrice(s)

    Résident(s)

  • Bazile Oriol
  • Emma Laval

Découvrir un verger en friche

À l’abord du village de Schweyen, l’on remarque le feuillage bien rangé de 250 arbres. Sous celui-ci, on ne voit que des ronces. Depuis une dizaine d’années, le manque de main et de transmission des savoirs arboricoles et domestiques a accentué le délaissement de ce verger communal devenu une friche. Le projet donne rendez-vous, autour d’un lieu, des habitants enthousiastes mais ne sachant pas comment redonner un nouveau souffle au verger. Nous commençons par arpenter, dessiner ces arbres tordus par le vent et comprendre la relation du lieu au village.

Rétrospective du verger

Accompagnés d’Alfred, président de l’association des arboriculteurs, et de Gérard, qui a planté et entretenu le verger pendant près de 20 ans, nous découvrons l’histoire du lieu et les difficultés que sont l’entretien d’un verger de production.

On les a plantés à l’hiver 95 ! C’est moi qui les ai tous plantés. On avait des fils et poteaux porteurs. Quatre rangées plantées à l’époque, ici c’est du M26 ... On ramassait les fruits, on les vendait très bien ! À la fin, on faisait un petit repas ensemble et avec l’argent des marchés, on a acheté un tout nouvel alambic !

" Apéro-Bavard "

Par une invitation, nous rassemblons, habitantes et habitants, associations et élus. Nous décelons une envie commune, celle de faire de ce verger un nouvel espace du commun, non seulement pour pérenniser le savoir-faire arboricole, mais aussi pour créer un nouveau lieu public au sein du village. Le but était en outre de détailler nos idées, nos dessins et nos envies, mais surtout de mettre autour de la table des acteurs qui campaient sur leur position et d’approcher des personnes loin de ce lieu. Qu’est ce qu’on fait dans ce verger ? Rien ne peut être entamer sans un premier débroussaillage et une première initiative menée dans ce lieu. Avec l'aide de la communauté de communes du Pays de Bitche , nous débroussaillons une allée et une ouverture centrale. Il est maintenant possible de pénétrer facilement sous la canopée, il nous faut désormais penser à la manière dont ce verger sera habité.

Débroussailler et imaginer le mobilier du verger

Réinvestir ce verger autrement que par la production de fruits veut dire l'investir avec des éléments indiquant différents usages. Un mobilier simple fait de planches en bois brute de résineux et de caisses, tirant son dessin de la caisse à pommes, permet d’imaginer, au gré des usages et des envies, des manières d’habiter le verger. Les éléments de signalétique alertent de loin les promeneurs, ces piquets peints de blanc sont issus du temps où le verger était en activité. Ce sont d’anciens tuteurs mis en valeur par un badigeon de chaux ; d’un blanc percutant, ils font réponse au rythme du verger. Cette chaux se dépose aussi sur les troncs meurtris. Non seulement, elle indique des passages, des creux, mais crée aussi une protection contre les maladies, les insectes et les champignons. Elles sont facilement appropriables grâce à un simple système de planches et de supports, elles modifient la perception du verger exigeant : aux tailles difficiles et au long entretien.

Chantier Oh Verger !

Pour finaliser ce projet, nous organisons un chantier participatif dans le verger, une manière pour nous de donner la main aux habitant.e.s de la commune.

C’est avec beaucoup d’enthousiasme, de motivation, d’entraide et de joie que le chantier participatif du 28 juin a eu lieu. Abritée par la dense canopée, une valse de tracteurs débute. La remorque en bois du plus vieux véhicule de la commune se remplit vite. Au bout de deux heures, une deuxième allée se révèle et mène jusqu’à la partie centrale du verger. Les pommes tombent toutes les unes après les autres sous le bruit des scies. Quelques arbres morts sont déracinés et permettent de faire des trouées entre les troncs serrés.

Une équipe signalétique se met en place, certains arbres et anciens tuteurs sont peints à la chaux. Ce blanc percutant appelle promeneurs et cueilleurs par leur verticalité. Ils sont des jalons couvrant les abords du site, de hauts phares. Cette chaux se dépose aussi sur les troncs meurtris, indiquant des passages, des creux, de futurs arbres à abattre, et crée une protection pour l’écorce.

Le soleil au zénith, les bouteilles trinquent pour rafraîchir les travailleurs, les tracteurs chargés s’en vont et des envies naissent !

" S’il n’y avait pas eu cet élan,

rien ne se serait fait !

Et les ronces auraient continué de manger

tout le verger ! "

Se rassembler au verger

Le temps de la restitution permet de faire la démonstration de ce verger comme nouveau lieu du commun. Sur le temps du midi, le verger accueille un grand banquet, et le soir un lieu de concert et de convivialité !

Et l’après ? Nous laissons entre les mains de la commune un livret où l’on y compile nos recherches et quelques perspectives pour la suite : pour chaque saison, un travail d’entretien permettrait des rencontres régulières dans ce lieu, entre différentes générations pour transmettre des pratiques arboricoles et domestiques.

Ce projet s’inscrit aussi, plus largement, dans une balade au sein de la commune, voire une balade « au fil des vergers » à l’échelle de vergers alentours, voire de différents espaces en friche au sein du Pays de Bitche et au-delà, des Vosges du Nord.