Design des territoires

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Atelier Nomade

  • Design des mondes forestiers
  • Date/Période :
    Le 03 février 2025

    Auteur(s)/Autrice(s)

    Résident(s)

  • Adriana Goepp
  • Eudine Blancardi
  • Simon Frajer

Transmettre les savoir-faire et relocaliser la production de la filière bois

En réponse aux enjeux de formation et au déclin progressif des métiers liés à la seconde transformation sur le territoire, l’atelier nomade se déploie comme un dispositif itinérant d’éveil et de sensibilisation aux métiers du bois, à destination des jeunes en phase d’orientation professionnelle. Cette offre de service nouvelle, formulée comme une réponse au chaînon manquant de la filière, participe à renforcer les synergies locales et à susciter, à terme, des vocations et des installations pérennes sur le territoire. Porté par l’association Les Chabots (Reyersviller), ce dispositif favorise l’apprentissage par le faire, à travers la co-animation d’ateliers pratiques avec des artisannes et artisans locaux, et la réalisation d’objets fonctionnels destinés aux établissements partenaires. Ces créations sont aussi l’occasion d’aborder de manière concrète la question de l’inclusivité dans les espaces publics et scolaires, comme les cours de récréation, en invitant les élèves à réfléchir à la place de chacun et chacune dans l’aménagement de leur environnement. L’atelier nomade s’attache particulièrement à ouvrir les métiers du bois aux jeunes filles, encore trop souvent sous-représentées dans les filières professionnelles.

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© Simon Frajer

État de la filière bois dans les Vosges du nord

Aujourd’hui, face aux défis que rencontre la filière bois, fragilisée par la mondialisation, il nous semble important de requestionner cette filière à l’échelle locale de la graine jusqu’à l’objet transformé.

Dans les Vosges du Nord, un territoire recouvert à plus de 80% par un massif forestier, on constate un recul progressif des entreprises de première et de seconde transformation du bois. Une grande partie du bois abattu localement est exportée à l’étranger, avant de revenir sous forme de produits semi-finis ou finis. Ce paradoxe illustre une perte de valeur ajoutée pour le territoire, liée à l’absence de valorisation de la ressource sur place. Par ailleurs, explorer les potentialités de valorisation des ressources dites marginales (rebuts, bois déclassés, essences peu exploitées...) ouvre des perspectives nouvelles. Cela permet de révéler les qualités physiques et esthétiques des matériaux qui façonnent les paysages locaux, et d’imaginer des usages et objets adaptés aux enjeux actuels. Au-delà des dimensions économiques et écologiques, il s’agit aussi de réaffirmer la forêt comme un bien commun, à préserver et à partager collectivement.

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© Adriana Goepp

La question des publics: les jeunes et les femmes

Dans ce contexte fragile, il nous semble important de réancrer une pratique locale de transformation, de réactiver des gestes, de raviver les savoir-faire, et de redonner l’envie aux jeunes générations de travailler le bois. Sensibiliser les jeunes, dès leur plus jeune âge et lors de leur orientation professionnelle, à la fois aux enjeux du milieu forestier et aux savoir-faire liés à la transformation du bois pourraient contribuer à renforcer la filière au niveau local sur du plus long terme.

L’atelier nomade s’attache particulièrement à ouvrir les métiers du bois aux jeunes filles, encore trop souvent sous-représentées dans les filières professionnelles. Tout en ayant conscience de la nature structurelle des enjeux d’inégalité de genre, le domaine du bois constitue d’autant plus un milieu dans lequel les idées préconçues peuvent dominer dans l’imaginaire collectif. Une attention particulière a donc été portée dans la structuration du projet dans la manière d’adresser cette sensibilisation aux métiers du bois à un public féminin. Ainsi, les productions des ateliers seront l’occasion d’aborder de manière concrète la question de l’inclusivité dans les espaces publics et scolaires, comme les cours de récréation, en invitant les élèves à réfléchir à la place de chacun et chacune dans l’aménagement de leur environnement. 

Enfin, la transmission des savoir-faire par des figures féminines pourra contribuer à lever les stéréotypes sur une pratique genrée des métiers du bois.

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© Adriana Goepp

Formation & Transmission

À la suite d’une enquête de terrain et de nombreuses rencontres avec les acteurs de la filière sur le territoire des Vosges du Nord, un besoin accru en formations aux métiers du bois a émergé, notamment dans les domaines de la première et de la seconde transformation.

Les savoir-faire liés à la seconde transformation (charpente, menuiserie, ébénisterie, saboterie,... ) tendent à disparaître dans les Vosges du Nord, conséquence directe des mutations économiques et de la standardisation des usages. Les rares professionnels de ces métiers se concentrent désormais principalement en périphérie du massif. L’offre de formation sur le territoire est très limitée, voire inexistante. Les jeunes doivent parcourir entre 70 et 160 km pour accéder à une formation dans ce secteur, ce qui les pousse souvent à quitter la région. Ce départ fragilise la transmission des savoir-faire locaux et risque d’amplifier la pénurie de futurs artisans installés durablement dans les Vosges du Nord.

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Rencontre avec les Chabots

Les Chabots est une association de droit local créée en 2020 à Reyersviller par deux habitantes du territoire, Pauline Fath et Lucie Bauer, sensibles aux questions environnementales et soucieuses de s’investir localement. Ainsi, elles partagent une même conviction : la nécessité de se réapproprier son environnement naturel direct, de réapprendre à l’exploiter de manière raisonnée et ainsi d’améliorer sa qualité de vie. Elle a pour souhait d’inspirer une transformation positive des comportements afin de relever les défis environnementaux contemporains

L’association a été conviée dans le cadre des débats organisés au Pied à terre à prendre la parole sur la question de la pédagogie et la sensibilisation au milieu forestier dans la dimension sensible et habitante à l’écosystème. Cette rencontre a ouvert sur la participation à un “mercredi en forêt”, action menée deux fois par mois par l’association avec des jeunes de la commune de Reyersviller, afin de comprendre les enjeux concrets et les questions d’usages posées par la pédagogie du libre en milieu forestier.

Basés sur des intérêts communs pour les questions de transmission et de sensibilisation au milieu forestier et aux métiers associés, ces premiers échanges entre notre équipe et les Chabots ont ainsi posé les premiers jalons d’une future collaboration autour de l’atelier nomade.

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Dispositif mobile

L’Atelier nomade est un dispositif itinérant. Il peut se déployer dans les établissements scolaires auprès de collégiens et lycéens. Il est destiné à être activé sur une journée ou plusieurs jours en fonction des activités proposées.

Ce dispositif crée un lien entre les jeunes et les artisans et professionnels du bois. En effet, il est activé à la fois par un animateur ou une animatrice de l’association porteuse (Les Chabots) et par un artisan ou une artisane. L’activation du dispositif est guidée par un double objectif : la découverte d’un métier et la réalisation pratique d’un objet selon les techniques et savoir-faire transmis par l’artisan. Le dispositif mobile contient donc les outils et les matériaux nécessaires à la mise en œuvre de différents ateliers de l’échelle de la micro-structure, du mobilier et de l’objet.

L’Atelier mobile peut également être mobilisé lors d’événements de démonstration et sensibilisation ouverts au public, dans l’espace public ou dans des lieux touristiques (Moulin d’Eschviller par exemple).

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© Simon Frajer

Workshops et entrée dans la matière

Le projet d’atelier nomade s’est également affiné avec deux workshops répartis sur le semestre de manière à établir une entrée dans le projet par le faire et la matière. Le premier workshop, encadré par Mathieu Robert (charpentier bois vert dans le Lot), nous a permis sur quatre jours d’appréhender concrètement les étapes de transformation du bois de l’abattage de l’arbre (en l'occurrence 2 charmes, 1 tilleul et 1 hêtre) jusqu’à des expérimentations d’assemblage et des explorations sensibles de ses propriétés (tissage, suspension, combinaison de matériaux…). Le second workshop, encadré par Mayeul Reignault (designer de l’atelier Perron et frères), s’est concentré sur la dimension technique dans la conception d'éléments de mobilier (dans le cadre du projet d’atelier nomade et de la recherche matériaux). Ce temps d’atelier a également été l’occasion d’appréhender et de décomposer les étapes et les gestes de fabrication d’un objet de menuiserie en le destinant à la fabrication autonome par des jeunes collégiens et lycéens. Du workshop a émergé une première production potentielle pour l’atelier mobile, un banc collectif, dont le dessin sera affiné avec des artisans dans la phase de conception à venir.